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07/12/2016 19:19 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Japon: petit coup de froid sur la croissance au 3e trimestre

Le Japon a affiché au troisième trimestre une croissance de 0,3%, en-deçà des estimations initiales, nouveau signe que la reprise ne parvient pas à décoller quatre ans après le lancement de l'offensive du Premier ministre Shinzo Abe.

Le gouvernement avait précédemment fait état d'une augmentation du Produit intérieur brut (PIB) de 0,5% par rapport à la période d'avril-juin.

La révision négative annoncée jeudi s'explique essentiellement par un recul des investissements des entreprises entre juillet et septembre (-0,4%, au lieu d'une stagnation). Celles-ci restent frileuses face aux incertitudes économiques internationales et à une consommation des ménages atone (+0,3%, mieux toutefois que les données préliminaires).

Le Japon doit donc surtout sa croissance au commerce extérieur, même si les exportations ont été moins dynamiques qu'espéré initialement (+1,6%).

"L'économie japonaise ne parvient qu'à dégager une faible et fragile croissance en l'absence de moteur durable", avait souligné Yasunari Ueno, économiste en chef de Mizuho Securities, dans une note publiée mercredi. "Les exportations ont soutenu le PIB au 3e trimestre mais cette embellie ne va probablement pas durer".

D'autres analystes se montrent plus optimistes. "Il est vrai que la croissance est inférieure" à ce qui avait été annoncé, "mais il n'y a pas de quoi être pessimiste", a réagi Takeshi Minami, économiste en chef de l'institut de recherche Norinchukin.

"L'économie progresse, petit à petit, et va poursuivre sur ce rythme régulier l'an prochain même si le taux de croissance n'est pas élevé", a-t-il estimé, interrogé par l'AFP. Il invoque un frémissement des salaires de nature à inciter les ménages à dépenser plus et l'effet du massif plan de relance annoncé cet été par le gouvernement.

- Vers un PIB à 600.000 milliards de yens -

Après une année 2015 oscillant entre contractions et modestes progressions, Shinzo Abe peut s'enorgueillir d'un troisième trimestre consécutif dans le vert. Les statistiques des six premiers mois ont même été réévaluées positivement jeudi: +0,7% de janvier à mars, +0,5% d'avril à juin.

Balayant leurs inquiétudes, certains, comme M. Minami, espèrent désormais "un effet Trump", le futur chef d'Etat américain ayant promis de généreuses baisses d'impôts, une refonte des régulations et d'importantes dépenses publiques. Si l'économie américaine se porte mieux, "cela contribuera à dynamiser l'économie mondiale, ce qui se traduira par une hausse des exportations pour le Japon", dit-il.

L'effet Trump joue aussi sur les monnaies: son élection a provoqué un net affaiblissement du yen, qui pourrait soutenir le moral des groupes exportateurs japonais dans les mois à venir.

Mais si la troisième économie mondiale garde le cap, le tableau reste globalement terne, loin des promesses des "abenomics", stratégie mêlant assouplissement monétaire, largesses budgétaires et réformes structurelles.

Selon les statistiques d'octobre récemment dévoilées, la consommation des ménages a encore fléchi, bien que faiblement comparé aux mois précédents, reflet de l'anxiété des Japonais, ce qui pèse sur l'inflation.

Les prix au détail ont ainsi reculé pour le 8e mois de suite, signant leur plus longue série négative depuis 2011. Un aveu d'échec pour la Banque du Japon (BoJ) qui espérait au départ atteindre dès 2015 sa cible d'inflation de 2%.

M. Abe se consolera en voyant se rapprocher son objectif d'un PIB de 600.000 milliards de yens (4.900 milliards d'euros) à l'horizon 2020.

Le gouvernement a en effet introduit des changements dans sa méthode de calcul pour se mettre en ligne avec les normes internationales, avec notamment l'intégration des dépenses de recherche et développement (R&D). Résultat, le PIB se retrouve gonflé de 6% à quelque 537.000 milliards de yens.

Cependant, atteindre son objectif par la magie "d'ajustements à la méthode statistique plutôt que par le biais d'une réelle croissance économique n'a pas de sens", juge Capital Economics.

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