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07/12/2016 20:45 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Dix ans après son entrée dans l'UE, une Roumanie à deux vitesses

Une école et un centre culturel flambants neufs: pour Vladimir Paun, maire d'une bourgade de Roumanie, dix années dans l'UE ont apporté des progrès tangibles. Mais l'euroscepticisme gagne aussi la population, sur fond d'inégalités croissantes.

Pour cet ancien pays communiste qui votera dimanche lors de législatives, l'entrée dans l'Union européenne, le 1er janvier 2007, a représenté une "chance de se rapprocher du niveau de développement" de l'ouest de l'Europe, estime M. Paun.

A Racoasa, une commune de 3.300 habitants du nord-est du pays, le maire de 39 ans a profité des fonds communautaires pour faire construire une école maternelle et un centre culturel.

Il s'apprête maintenant à demander des financements pour asphalter deux routes, moderniser le gymnase et développer le système de canalisations. L'adhésion à l'UE "a apporté des bénéfices pour nous tous", se félicite-t-il.

Pour les entrepreneurs aussi, l'année 2007 a marqué un tournant.

"Cela a été une énorme chance, car nous avons pu travailler pour toutes les grandes compagnies qui ont ouvert des bureaux en Roumanie", relève Robert Savu, fondateur d'une société de mobilier design dans la capitale roumaine

"Nous avons aussi commencé à exporter" sur le marché européen, dit à l'AFP ce chef d'entreprise de 48 ans.

- Pas d'eau courante -

Selon l'ancien commissaire européen Leonard Orban, la Roumanie a reçu en dix ans 26 milliards d'euros nets de fonds communautaires.

"On peut discuter de la manière dont cet argent a été dépensé, mais en fin de compte il a contribué au développement", souligne-t-il.

Le produit intérieur brut roumain est passé de 98 milliards d'euros en 2006 à 158 milliards l'année dernière, tandis que le montant des investissements étrangers directs a presque doublé, à 64,4 milliards d'euros en 2015.

Les Roumains n'ont toutefois pas bénéficié de façon uniforme de la manne européenne, reconnaissent les analystes.

De nombreuses communes rurales restent marquées par l'extrême pauvreté et des infrastructures quasi inexistantes.

Plus de la moitié des foyers en zone rurale n'ont pas d'eau courante. Et dans des centaines d'écoles, les élèves doivent étudier en manteau par manque de chauffage dans les classes l'hiver.

Dix ans après son adhésion, la Roumanie compte ainsi cinq des 21 régions les plus pauvres de l'UE, et son PIB par habitant est inférieur de moitié à la moyenne européenne, avec un salaire moyen de 470 euros par mois.

Selon les statistiques, un Roumain sur quatre vit dans la pauvreté, un taux encore plus élevé dans la communauté rom.

"Paradoxalement, la pauvreté s'aggrave même si la Roumanie enregistre de forts taux de croissance", avec une progression du PIB de 4,8% prévue en 2016, remarque l'analyste économique Dan Popa.

- 'Vivre comme en Allemagne' -

Dans ce contexte, la confiance dans l'UE baisse. Si 53% des Roumains pensent que l'appartenance à l'UE est une bonne chose, ce chiffre a reculé de 9 points en un an.

"L'adhésion a coïncidé avec le début de la crise économique et tous ceux qui espéraient que du jour au lendemain on allait vivre comme en Allemagne ont été déçus", explique l'économiste Otilia Nutu.

La Roumanie a plongé en 2009 dans une sévère récession dont elle n'est sortie qu'après un programme d'austérité qui a vu les salaires du secteur public amputés de 25%.

L'entrée dans le bloc européen a en outre requis des réformes douloureuses pour le pays, qui a dû restructurer son industrie héritée du communisme et fermer des mines de charbon non rentables.

"Les coûts sociaux ont été importants et les autorités n'ont pas eu la capacité de mettre en oeuvre des programmes pour en atténuer l'impact", déplore Mme Nutu.

Quant aux salaires, leur progression a été d'autant plus limitée que la main d'oeuvre bon marché est le principal atout du pays aux yeux des investisseurs étrangers, parmi lesquels le groupe automobile Renault, reconnaît Mihai Daraban, le président de la Chambre de commerce et d'industrie.

Si le taux de chômage reste flatteur à environ 6%, il est biaisé par l'exode à l'étranger de près de trois millions de Roumains (sur une population totale de 20 millions).

Même Racoasa n'est pas épargné: "entre 25% et 30% des habitants travaillent à l'étranger", reconnaît son maire.

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