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07/12/2016 20:45 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

A Rotherham, dans l'épicentre du Brexit, pas de regret

A Rotherham, dans le nord de l'Angleterre, on a voté à 68% pour le Brexit. Un plébiscite que, six mois plus tard, les habitants continuent à revendiquer comme une victoire contre un "système" qui les a "mis à genoux".

Du séisme politique qui a frappé le Royaume-Uni le 23 juin et dont les répliques ont depuis traversé l'Atlantique, Rotherham est un des épicentres.

Au XIXe siècle, cette ville de 250.000 habitants a été l'une des capitales de l'acier. Durant des décennies de désindustrialisation, elle a souffert en silence. Aujourd'hui, elle est devenue, comme les villes de la "rust belt" américaine, l'un des principaux foyers de la contestation anti-establishment.

"Partout, on voit monter les votes de protestation, regardez les Etats-Unis avec Trump", lance Derik Cardow, un retraité de 72 ans, en faisant ses courses au marché couvert.

Ancien électeur du parti travailliste, il a récemment rejoint le parti europhobe Ukip pour mieux voter Brexit. S'il était Américain, il n'hésiterait "pas une seconde" à glisser le nom de Donald Trump dans l'urne.

"On ne fait que donner sans rien recevoir en retour. La plupart des villes au nord ont été oubliées. Tout tourne autour de Londres", déplore-t-il.

"Il ne s'agit pas de l'Union européenne, c'est tout un système" que dénonce, depuis son étal de fruits et de légumes, un autre partisan du Brexit, Luke Ellis, 26 ans.

- 'Stands vides' -

"Nous sommes une ville fière mais on nous a mis est à genoux. Vous n'avez qu'à regarder autour de nous. Avant, ce marché était bondé. Aujourd'hui, il y a plein de stands vides. Il était temps qu'on pense de nouveau à nous", ajoute Ellis qui met le déclin de l'industrie locale sur le compte des "importations de charbon bon marché".

Sur ces terres ouvrières, le parti travailliste a longtemps raflé la plupart des suffrages. Mais ils sont nombreux à s'en détourner désormais, déçus par les propositions du Labour sur la mondialisation et l'immigration.

"Beaucoup de gens ici n'ont pas réussi à s'adapter" aux changement apportés par la mondialisation, estime Jonathan Lang, de l'association Shiloh, qui vient en aide aux sans-abri et aux toxicomanes.

Selon lui, le fossé s'est creusé entre une classe politique cosmopolite et la classe ouvrière "travaillant dur et buvant beaucoup". Cette frange de la population, "les élites ne l'écoutent pas car elles ne la voient pas", dit-il. "Et c'est pour ça qu'on se retrouve avec le Brexit".

L'immigration a été au centre de la campagne et les partisans du Brexit ont été accusés d'attiser la xénophobie. A Rotherham aussi, beaucoup estiment qu'un plus grand contrôle des frontières est une priorité. "Les hôpitaux manquent de lits et nous on continue de laisser entrer les gens dans le pays", dit Luke Ellis.

- 'A un moment, ça explose' -

L'installation à quelques kilomètres du centre-ville d'une communauté d'environ 6.000 Roms, selon les chiffres du gouvernement, a fait grincer des dents.

"Mais je ne pense pas qu'il y a plus de racistes qu'ailleurs. C'est juste que les gens ont l'impression qu'on leur demande beaucoup. Et à un moment, ça explose", glisse Joanne Griffiths, 45 ans, qui a voté pour rester dans l'UE.

Le référendum a également mis en exergue la fracture entre les jeunes, plus enclins à soutenir l'UE, et les personnes âgées, davantage pro-Brexit. "Les anciens étaient tous en lévitation lorsqu'ils sont venus au marché le vendredi" au lendemain du vote, souligne Ellis. "Normal, dit-il, car ils ont vu le déclin de leurs propres yeux".

Un centre de recherche industrielle, qui produit notamment des pièces pour Rolls-Royce, tente d'inverser la tendance en visant notamment à freiner la fuite des jeunes cerveaux vers d'autres centres urbains.

Le "Advanced Manufacturing Research Centre" espère doubler ses emplois, actuellement au nombre de 600, dans les cinq prochaines années. "La mondialisation offre de vraies opportunités", souligne son directeur général Colin Sirett, un ancien d'Airbus.

Derik Cardow attend surtout que le gouvernement de Theresa May accélère la procédure de divorce avec l'UE. "Ils tergiversent beaucoup trop, s'énerve-t-il. Ils est temps qu'ils s'activent".

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