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07/12/2016 00:25 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Santos, le Nobel de la paix pas encore prophète en son pays

Le président colombien Juan Manuel Santos, qui doit recevoir samedi le prix Nobel de la Paix pour avoir tenté sans relâche de mettre un terme à un demi-siècle de guerre fratricide, devra encore relever le défi de la pacification de son pays.

Cet homme politique de 65 ans, issu de la haute bourgeoisie colombienne, a signé avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) le 24 novembre un accord de paix renégocié, après le rejet par référendum le 2 octobre du texte d'origine. Mais son application, parsemée de multiples étapes, reste incertaine.

Sans compter que pour parvenir à une "paix complète", le chef de l'Etat devra également mener à bien les négociations avec l'Armée de libération nationale (ELN). Mais les discussions préparatoires avec cette guérilla, qui compte environ 1.500 combattants, ont été mises en suspens jusqu'au 10 janvier.

"Santos représente la modernisation du pays. Mettre un terme à la guerre avec les guérillas est, dans sa conception, un besoin fondamental pour parvenir à cet objectif", a déclaré à l'AFP Mariano Aguirre, le responsable du programme Colombie au Centre norvégien de résolution des conflits (NOREF).

- Faire la guerre pour la paix -

Mais Juan Manuel Santos, passé par Harvard et la London School of Economics, n'a pas toujours été un champion de la paix.

Lorsqu'il a fait son entrée au palais présidentiel Casa de Nariño, ce politique qui se définit comme d'"extrême centre" venait pourtant de poursuivre la guérilla lors d'une implacable croisade menée alors qu'il était ministre de la Défense de son prédécesseur de droite, Alvaro Uribe.

Le but: affaiblir la plus importante de toutes, la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), pour les contraindre à négocier.

Il a ainsi fait la guerre pour parvenir à la paix, notent les analystes.

Depuis, cet homme décrit comme très rationnel et parfois critiqué pour sa froideur apparente a fait de la paix son cheval de bataille.

Tout semblait fonctionner, jusqu'à ce dimanche 2 octobre. Les Colombiens venaient de lui infliger une humiliante défaite en rejetant par référendum l'accord de paix avec la guérilla des Farc, le jugeant trop favorable pour les guérilleros.

Ce texte, pesé à la virgule près, était le fruit de près de quatre années d'âpres pourparlers délocalisés à Cuba avec la plus ancienne et plus importante guérilla du pays.

"Il a la réputation d'être calculateur, mais paradoxalement, ce fut un mauvais calcul de croire que le ras-le-bol des Colombiens de la guerre pourrait dépasser l'immense rejet des Farc et son niveau de popularité très bas", explique à l'AFP la journaliste Maria Elvira Samper sur ce fin politique à la chevelure grisonnante, qui arbore à sa boutonnière une éternelle petite colombe blanche.

- Admirateur de Churchill, Roosevelt et Mandela -

"Le président a fait preuve d'un leadership courageux. Courageux car il a préféré la paix à l'inertie de la guerre. Courageux parce qu'il s'est soumis à la décision des citoyens", souligne Humberto de la Calle, chef des négociateurs avec les Farc.

Le président a toujours affirmé qu'il ne cherchait pas une récompense dans son combat pour la réconciliation de la Colombie, déchirée par des décennies d'une confrontation entre guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite et forces armées, qui a fait plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

"Je ne cherche pas les applaudissements. Je veux faire ce qui est correct", déclarait-il lors d'un entretien à l'AFP début septembre.

L'attribution du Nobel lui a toutefois apporté un soutien de premier plan pour la suite et lui a permis de reprendre la main face à son opposant le plus farouche, son prédécesseur Alvaro Uribe, ragaillardi par le référendum. Ce tenant du "non" avait qualifié son ancien ministre de "traître" pour avoir négocié avec la guérilla.

Admirateur de Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Nelson Mandela, lecteur vorace et cinéphile, M. Santos a toujours dit que sa force venait de sa famille, fondée en 1988 avec Maria Clemencia Rodriguez, surnommée "Tutina" et mère de leurs trois enfants.

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