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07/12/2016 01:45 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Sans les millions, les petits clubs chinois s'en sortent autrement

Nouvel eldorado financier du football, la Chine n'est pas qu'un terrain de jeu pour clubs riches aux recrutements cinq étoiles: dans l'ombre, de petites équipes aux budgets modestes parviennent encore à subsister.

A Guangzhou (anciennement Canton), le paradoxe est criant entre le budget presque sans limite du club de l'Evergrande, sextuple champion de Chine en titre, et le modèle autrement plus modéré de son rival voisin, le Guangzhou R&F, qui préfère faire confiance à son académie et à sa détection de talents locaux plutôt qu'aux recrutements records de joueurs étrangers.

Les deux clubs de cette ville du sud du pays n'ont forcément pas eu le même impact dans la prise d'assaut du marché des transferts par les équipes chinoises de la Super League, qui ont dépensé collectivement plus de 400 millions de dollars (370 millions d'euros) cette année.

"L'Evergrande a dépensé beaucoup d'argent pour attirer les meilleurs joueurs en provenance du monde entier et de tous les clubs chinois", a constaté le manager général adjoint du Guangzhou R&F Tyler Guo, la semaine dernière lors d'un forum sur le sport business à Dongguan, quelques kilomètres à l'est de Guangzhou.

"Nous agissons d'une manière plus rationnelle: nous produisons nos propres joueurs, nous privilégions les jeunes talents chinois pour qu'ils puissent jouer et atteindre l'équipe nationale, a-t-il détaillé. Et nous transférons beaucoup de joueurs vers d'autres clubs pour équilibrer nos comptes".

Conséquence de cette stratégie plus frugale: le R&F est bien loin de pouvoir remporter la Ligue des champions d'Asie comme l'a fait son rival en 2013 et 2015, et il a parfois beaucoup de mal à mobiliser ses supporters.

Avec environ 10.000 personnes par match, la fréquentation moyenne de son Yuexiushan Stadium est la plus basse du championnat chinois, bien loin des 44.000 fans de moyenne de son voisin, l'Evergrande.

Mais le R&F a terminé la saison dernière à une honorable sixième place, juste devant le Hebei China Fortune, qui a mis la main à la poche pour s'attacher les services de l'ancien entraîneur de Manchester City et du Real Madrid, Manuel Pellegrini.

- "Un peu comme Barcelone" -

Face aux folles ambitions du foot chinois -impulsées notamment par le président Xi Jinping-, les formations les plus économes se sont donc retrouvées avec une décision à prendre: courir après les dépenses de l'Evergrande, du Jiangsu Suning, du Shandong Luneng et autres mastodontes de la Super League, ou trouver d'autres moyens d'être compétitifs.

Selon Tyler Guo, le modèle de son équipe du Guangzhou R&F s'appuie sur un style de jeu "propre au sud de la Chine", insistant sur le contrôle du jeu et les passes courtes, "un peu comme Barcelone".

Pour son transfert le plus cher de l'année, le R&F s'est limité à la somme de 7,2 millions d'euros pour attirer le milieu offensif et capitaine d'Israël Eran Zahavi, "manifestement sous-évalué" et "stratégiquement intéressant" selon Tyler Guo, qui insiste: "C'est typiquement le genre de joueurs auxquels nous nous intéressons".

Ce style de footballeur contraste avec la ribambelle de stars accueillie en Chine par les clubs plus dépensiers ces derniers mois, parmi lesquels les Brésiliens Hulk et Ramires, l'Italien Graziano Pellè ou encore l'Argentin Ezequiel Lavezzi.

- "Des poches très, très profondes" -

Pour le manager du R&F, les dépenses mirobolantes des clubs chinois ne proviennent ni des revenus télévisés -qui ne représentent selon lui que 40 à 50 millions de yuan (5,4 à 6,8 millions d'euros) par an- ni du sponsoring et du merchandising, mais principalement de ressources privées.

Si certains clubs sont la propriété de grandes entreprises privées, voire de groupes possédés par l'Etat, le R&F appartient à une société immobilière cotée à la bourse de Hong Kong, et doit donc, selon Tyler Guo, rendre des comptes à ses actionnaires.

A côté de son académie, le R&F s'appuie également sur l'engagement de la communauté de Guangzhou, troisième ville de Chine. "On recherche une façon durable de s'en sortir, explique Tyler Guo. On regarde à 10 ans, 15 ans, 20 ans, et non pas à deux ou trois ans".

Et lorsqu'on le lance sur l'approche beaucoup plus dispendieuse des clubs rivaux, le manager s'interroge: "Je ne suis pas sûr de savoir comment ils mesurent leurs retours sur investissement, mais je suis certain qu'ils ont des poches très, très profondes".

Avant de hausser les épaules: "C'est la Chine", sourit-il.

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