NOUVELLES
07/12/2016 05:27 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Paris en proie au pic de pollution le plus intense en dix ans

Paris tousse sous l'effet d'un intense épisode de pollution hivernale, le pire depuis dix ans, qui a contraint les autorités à imposer la circulation alternée aux automobilistes, un dispositif exceptionnel à l'efficacité contestée, qu'elles ont décidé de reconduire pour le troisième jour consécutif jeudi.

Migraines, picotement des yeux, élèves interdits d'activité de plein air... : la capitale et sa région subissent le pic de pollution hivernal le plus intense et le plus long depuis au moins une décennie, a indiqué mercredi l'organisme local de surveillance de la qualité de l'air.

En première ligne : les cyclistes. Julien Autran, graphiste parisien de 42 ans qui pédale 30 minutes tous les jours jusqu'à Montrouge (sud de Paris), a réduit sa vitesse "pour éviter d'en prendre plein les bronches". Mais depuis quelques jours, il arrive au travail secoué de quintes de toux.

"Quand on fume une cigarette, on sent vraiment la différence. J'ai l'impression d'en fumer dix !", souligne de son côté Mohamed Navhit, 29 ans, un conducteur de tricycle pour les touristes dans le centre de Paris.

Ce pic est dû à une recrudescence d'émissions de particules, liées surtout au chauffage au bois et au trafic automobile, conjuguée à la prolongation de conditions météo favorables à leur maintien près du sol (peu de vent, contraste de températures), a expliqué cet organisme, Airparif.

Le seuil d'alerte pour la pollution aux particules, à partir de 80 microgrammes/m3 de particules fines dans l'air, est dépassé depuis une semaine dans l'agglomération parisienne et devrait se prolonger jeudi. Son niveau était de 91 mercredi, après un maximum à 146 jeudi dernier, selon Airparif.

Le pic de pollution touche aussi d'autres régions, notamment la vallée du Rhône et la capitale régionale de Lyon (centre-est), qui expérimentera vendredi pour la première fois la circulation alternée.

- Feu vert aux chiffres impairs -

Pour le deuxième jour consécutif, les autorités ont imposé mercredi à Paris ce dispostif exceptionnel utilisé seulement quatre fois en vingt ans dans la capitale.

Depuis 05H30 et jusqu'à minuit (04H30 à 11H00 GMT), seuls les véhicules dont le numéro sur la plaque d'immatriculation est impair peuvent circuler, ainsi que ceux qui pratiquent le covoiturage ou bénéficient d'une dérogation.

Lles transports publics sont gratuits, tout comme le stationnement résidentiel ou les services de vélo et de voiture en accès libre.

En dépit de ces mesures, la circulation alternée provoque des embouteillages massifs aux abords de la capitale. En cause notamment une panne sur la ligne entre Paris et l'aéroport de Roissy, la deuxième ligne ferroviaire la plus fréquentée d'Europe. Le trafic devait y reprendre mercredi en fin d'après-midi.

"Je suis pour la circulation alternée. J'apprécie que notre société soit consciente des soucis de pollution", dit une habitante des Lilas (nord-est de Paris) qui travaille à Roissy. Mais avec la panne et "une plaque d'immatriculation paire, comment je fais ?", interroge-t-elle sous le couvert de l'anonymat.

L'efficacité de la circulation alternée est contestée par un rapport parlementaire qui souligne que ce dispositif "ne cible pas les véhicules les plus polluants". Un nouveau dispositif, basé sur un système de vignettes anti-pollution, doit le remplacer début 2017. Il est déjà en test dans certaines villes en France.

Mercredi le candidat écologiste à l'élection présidentielle Yannick Jadot a plaidé pour des mesures centrées sur les véhicules les plus polluants et le diesel, qui domine le parc automobile en France. Il a critiqué les responsables politiques qui "dès qu'ils sont confrontés à arbitrer entre la circulation, le diesel ou notre santé, malheureusement n'arbitrent pas pour notre santé".

En 2014, une étude d'Airparif après une journée de circulation alternée montrait un trafic réduit de 18% et une pollution en baisse de 20% aux heures de pointe

La pollution frappe aussi de plein fouet d'autres capitales qui y voient les conséquences du développement industriel et automobile. Le mois dernier, New Delhi, la capitale la plus polluée au monde, a vécu un épisode extrême au point que des habitants se sont réveillés avec de la fumée chez eux.

Les particules fines peuvent générer cancers, asthme, allergies, maladies respiratoires ou cardio-vasculaires. Le dioxyde d'azote, que rejettent surtout les moteurs diesel, favorise, lui, l'asthme, voire les affections pulmonaires chez l'enfant. Selon l'OMS, la pollution de l'air est responsable de 42.000 décès prématurés en France.

bur-blb/