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07/12/2016 06:24 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Matteo Renzi, un homme trop pressé

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, 41 ans, qui doit démissionner mercredi soir, a payé le prix de son ambition à vouloir chambouler l'Italie envers et contre tous, s'attirant l'hostilité de la classe politique et la méfiance des Italiens.

Le rêve d'une Italie "plus simple, plus compétitive et plus courageuse", formulé à l'été 2014, s'est brisé sur le non sans appel des Italiens à sa réforme la plus ambitieuse, qui osait toucher à la Constitution "anti-fasciste" de 1948 pour tenter de simplifier la vie politique d'un pays ayant connu 60 gouvernements depuis 1948.

Arrivé au pouvoir en février 2014, il avait alors promis de réformer tous azimuts et de ramener l'Italie au premier plan en Europe. Mais en dépit d'une énergie que nul ne lui conteste, ce Toscan n'a jamais vraiment réussi à convaincre.

Souvent accusé de gouverner seul, sans souci du compromis, M. Renzi a aussi profondément divisé son Parti démocrate (PD, centre-gauche), entre majorité et "frondeurs" plus à gauche.

Arrivé à la tête du parti il y a trois ans, celui qui n'était alors que maire de Florence avait promis de "mettre à la casse" les caciques de son parti, et quelques autres.

Il a pour cela écarté des poids lourds comme l'ex-Premier ministre Massimo D'Alema, qui ne l'a pas oublié et a fait campagne pour le non, ou l'ancien maire de Rome Walter Veltroni.

Et le 13 février 2014, il a poussé sans ménagement Enrico Letta, ex-numéro deux du parti, vers la sortie pour prendre lui-même la tête du gouvernement. "#Enricostaisereno" ("Enrico, sois tranquille"): la petite phrase qu'il lui a lancée sur Twitter moins d'un mois avant de le remplacer, avait fait le tour de l'Italie.

Grand utilisateur des réseaux sociaux, cet élu local qui n'avait jamais siégé ni au Parlement ni au gouvernement jouissait à son arrivée au pouvoir d'une forte popularité, confortée par les 40% obtenus par le PD aux élections européennes de juin 2014.

- 'Yes we can' -

A son actif, une réforme du marché du travail, imposée aux syndicats et votée aux forceps au Parlement, qui a contribué à augmenter le nombre de contrats à durée indéterminée (CDI). Mais au prix d'allègements de charges très coûteux, qui ne règlent rien au problème de fond du chômage, selon la CGIL, principal syndicat italien.

Matteo Renzi tient pourtant cette réforme pour essentielle et la défend comme une vraie réforme de gauche. Un paradoxe pour celui qui considère l'affrontement droite-gauche comme dépassé et s'est toujours dit convaincu que son parti ne pouvait gagner les élections qu'en séduisant le centre-droit.

Il est d'ailleurs parvenu à séduire l'ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi, le temps de négocier la réforme constitutionnelle, avant que leur "pacte" ne se brise début 2015, le laissant seul à défendre sa réforme contre l'ensemble de la classe politique.

Ultra dynamique, ambitieux, "assoiffé de pouvoir", selon certains, Matteo Renzi a gardé des airs d'éternel adolescent, avec un accent toscan teinté d'un léger zozotement.

Il a surpris la bonne société romaine en restant enfermé le soir dans le palais Chigi, où siège la présidence du Conseil. Pour y travailler, selon son entourage, en attendant de rentrer le week-end en Toscane où vivent toujours sa femme Agnese, enseignante, et leurs trois enfants.

Critiqué pour sa propension à se mettre constamment en scène, il répond inlassablement à ses détracteurs en s'adressant directement aux citoyens sur Facebook ou Twitter, avec un discours volontariste très inspiré du "Yes we can" de Barack Obama, l'un de ses mentors en politique.

Né le 11 janvier 1975 à Florence, diplômé en droit, fier de ses années de scoutisme catholique, il a commencé à militer à 19 ans sur les traces de son père, élu local démocrate-chrétien.

C'est dans la course à la mairie de Florence en 2009 qu'il s'est vraiment fait remarquer, créant la surprise en remportant les primaires du centre-gauche contre le candidat officiel du PD.

Et si en 2012 sa première tentative de prendre la tête du parti a échoué, il l'emporte un an plus tard pour devenir secrétaire-général du PD, un poste qu'il ne semble pas avoir l'intention de lâcher de sitôt... peut-être pour mieux revenir.

ob/fcc/prh