NOUVELLES
06/12/2016 20:45 EST | Actualisé 07/12/2017 00:12 EST

Le yuan sous-évalué? Le point sur les accusations de Trump contre Pékin

Le yuan est-il vraiment sous-évalué? Comment Pékin taxe-t-il les produits étrangers? Le point sur les récentes accusations du président américain élu Donald Trump contre la politique monétaire et économique du géant asiatique et ce qu'il en est dans la réalité.

- Le yuan sous-évalué? -

"Est-ce que la Chine nous a demandé si c'était OK de dévaluer (sa) monnaie" pour doper ses exportations, s'est interrogé dimanche sur Twitter le président élu américain.

Cette accusation, répétée à l'envi par le magnat de l'immobilier lors de sa campagne, suscite des dénégations régulières de Pékin et est démentie par courtiers et analystes.

Certes, le yuan évolue actuellement autour de 7 yuans pour un dollar, à son plus bas niveau depuis huit ans, et le régime communiste continue d'encadrer étroitement sa devise, qui fluctue dans une marge de 2% autour d'un cours-pivot déterminé par la Banque centrale.

Mais, de l'avis des analystes, son récent plongeon s'explique mécaniquement par le vigoureux rebond du dollar face à l'ensemble des devises, en prévision d'un relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui rendrait le billet vert plus attractif.

Le yuan pâtit par ailleurs de fuites de capitaux hors de Chine, sur fond de conjoncture morose: l'hémorragie a été évaluée par l'agence Bloomberg à 1.000 milliards de dollars pour 2015 et s'est poursuivie cette année.

Or, après une dévaluation surprise de 5% orchestrée en août 2015, destinée officiellement à mieux prendre en compte le niveau réel du yuan, la Chine est intervenue massivement pour soutenir sa devise, soulignent les analystes - et non pas pour la faire baisser davantage, comme l'affirme M. Trump.

La Banque centrale puise ainsi abondamment dans ses réserves de changes pour enrayer la baisse du yuan, afin de "contrecarrer des fuites de capitaux toujours importantes, qui étaient d'environ 40 milliards de dollars" en septembre, explique Julian Evans-Pritchard, analyste de Capital Economics.

La Chine préfère voir "le yuan se renforcer ou au moins être stable" afin d'éviter une volatilité intempestive qui compromettrait son "internationalisation", notait en septembre Dariusz Kowalczyk, du Crédit Agricole.

Le yuan "n'est plus sous-évalué", avait confirmé en mai 2015 le Fonds monétaire international.

Les cambistes se concentrent désormais sur les promesses de Donald Trump en termes d'investissements publics et de réductions d'impôts, y voyant un gage de croissance... à même de favoriser le renchérissement du dollar.

Ironie de l'histoire: "Le yuan aura largement de quoi descendre plus bas si le président Trump s'engage dans des plans de relance massifs et des mesures protectionnistes", avait indiqué à l'AFP en novembre Michael Every, analyste de Rabobank.

- Produits étrangers taxés? -

Le futur président américain a accusé Pékin de "taxer lourdement les produits importés", contrairement à ce que font les Etats-Unis chez eux.

De fait, les chambres de commerce européenne et américaine à Pékin déplorent les restrictions dont pâtissent les firmes étrangères en Chine, plombées dans la plupart des secteurs par des droits de douanes pénalisants.

Les automobiles importées font l'objet d'une taxe prohibitive d'au moins 25%, à laquelle s'ajoutent des taxes supplémentaires pour les voitures de luxe.

La Chine se justifie en expliquant que ces taxes à l'importation sont conformes aux règles de l'Organisation mondiale du commerce, à laquelle Pékin a adhéré en 2001 en tant que pays en développement.

Par comparaison, les véhicules importés aux Etats-Unis ne sont taxés qu'à 2,5%. Un taux que Donald Trump se propose de remonter à 35% pour les voitures et camions fabriqués au Mexique.

L'impétueux milliardaire a par ailleurs promis d'imposer des droits de douane de 45% sur les produits importés de Chine, et d'au moins 35% sur les produits d'entreprises américaines ayant délocalisé leur production à l'étranger.

A l'inverse, soucieux d'encourager la consommation, Pékin avait adopté en juin 2015 une baisse sensible sur une série de produits étrangers, allant des chaussures aux cosmétiques et à certains vêtements.

"Nous allons ouvrir encore plus largement notre porte", a promis en novembre le président Xi Jinping.

jug/bar/mba