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07/12/2016 02:48 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Le yuan sous-évalué? Le point sur l'accusation de Trump contre Pékin

Le président américain élu Donald Trump accuse volontiers la Chine de maintenir le yuan artificiellement bas pour doper ses exportations, et d'imposer des taxes injustes aux produits étrangers. La réalité s'avère plus compliquée.

"Est-ce que la Chine nous a demandé si c'était OK de dévaluer (sa) monnaie? (...) Je ne crois pas", a lancé M. Trump dimanche sur Twitter.

Certes, le yuan évolue actuellement autour de 7 yuans pour un dollar, au plus bas depuis huit ans, après avoir chuté de 6% en l'espace d'un an.

Certes, le régime communiste continue d'encadrer sa devise, qui fluctue dans une marge de 2% autour d'un cours-pivot déterminé par la banque centrale (PBOC).

Mais les apparences sont trompeuses, avertissent les experts, estimant que Pékin bataille pour doper le cours de sa devise et non pas pour l'abaisser.

La Chine avait, il est vrai, dévalué brusquement le yuan de 5% en août 2015 --officiellement pour mieux refléter son niveau réel en vue de son intégration à l'unité de compte du Fonds monétaire international (FMI).

Mais, par la suite, la banque centrale est promptement intervenue sur les marchés pour freiner la dépréciation de la devise, en puisant abondamment dans ses réserves de changes pour acheter des yuans et donc soutenir le cours.

Une stratégie toujours d'actualité: les réserves de devises ont fondu de 69 milliards de dollars en novembre.

- Hémorragie de capitaux -

Quant au yuan, sa faiblesse des deux derniers mois s'explique surtout par le vigoureux rebond du dollar, en prévision d'un relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine.

La monnaie pâtit également de massives fuites de capitaux hors de Chine, les investisseurs s'inquiétant d'une conjoncture morose et cherchant ailleurs de meilleurs placements.

Bloomberg évoque l'évaporation de 1.000 milliards de dollars en 2015 et l'hémorragie s'intensifie malgré de drastiques restrictions.

La Chine préfère voir "le yuan se renforcer ou rester stable" afin d'asseoir le statut international qu'elle veut lui donner, notait récemment Dariusz Kowalczyk, du Crédit Agricole.

Le yuan "n'est plus sous-évalué", avait insisté en mai 2015 le FMI, notant "l'appréciation substantielle des années précédentes", de 7,8 yuans pour un dollar en 2007 à 6 yuans en 2014.

Les cambistes se concentrent désormais sur les promesses de Donald Trump en termes d'investissements publics et de réductions d'impôts, y voyant un gage de relance économique.

Ironie: ce programme devrait favoriser le renchérissement du dollar et donc "le yuan aura largement de quoi descendre plus bas", selon Michael Every, analyste de Rabobank.

Et les fuites de capitaux depuis la Chine pourraient encore s'accroître.

"En réaction, je pressens des mesures de contrôle plus drastiques, qui contrediraient les ambitions d'+internationalisation+ du yuan", avertit M. Every. "Ces réjouissances arrivent alors que Trump n'est même pas encore président".

- Guerre douanière? -

Autre objet du courroux de Donald Trump: les barrières commerciales chinoises. Le magnat de l'immobilier a fustigé samedi Pékin pour "taxer lourdement les produits importés", contrairement à ce que font les Etats-Unis chez eux.

De fait, les chambres de commerce européenne et américaine à Pékin déplorent les restrictions dont pâtissent les firmes étrangères, plombées dans la plupart des secteurs par des droits de douanes pénalisants.

Les automobiles importées font l'objet d'une taxe prohibitive d'au moins 25%, à laquelle s'ajoutent des taxes supplémentaires pour les voitures de luxe.

La Chine se justifie en expliquant que ces taxes à l'importation sont conformes aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à laquelle Pékin a adhéré en 2001 en tant que pays en développement.

Par comparaison, les véhicules importés aux Etats-Unis ne sont taxés qu'à 2,5%.

Un taux que Donald Trump se propose cependant de remonter à 35% pour les voitures et camions fabriqués au Mexique.

De fait, l'impétueux milliardaire ne répugnerait pas à recourir aux mêmes mesures qu'il reproche à Pékin --avec des droits de 45% sur les articles importés de Chine et de 35% sur les produits d'entreprises américaines ayant délocalisé leurs usines, selon ses propositions.

A l'inverse, Pékin se présente désormais en chantre du libre-échange: "Nous allons ouvrir encore plus largement notre porte", a promis en novembre le président Xi Jinping.

jug/bar/lb