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07/12/2016 00:25 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

La désindustrialisation en France, fantôme de la prochaine présidentielle

Symboles de la désindustrialisation de la France et de la désillusion face aux promesses des politiques, les hauts-fourneaux de Florange rouillent en silence dans le nord-est du pays. Et ces fantômes vont hanter la prochaine élection présidentielle.

Le prochain candidat socialiste à la présidentielle, quel qu'il soit, devra affronter le souvenir vivace de la "trahison" de François Hollande, qui avait promis de sauver le site industriel pendant la dernière campagne présidentielle de 2012.

Cinq ans après la mise à l'arrêt par le groupe ArcelorMittal des deux derniers hauts-fourneaux de la vallée de la Moselle, les plaies restent ouvertes et les ouvriers qui s'étaient battus pour leur survie, amers.

Homme d'affaires indien, Lakshmi Mittal, le PDG d'ArcelorMittal, concentre la colère. Mais le gouvernement n'est pas épargné: ici, on se souvient de l'espoir suscité par les engagements pour une "filière d'excellence" par le candidat Hollande juché sur une camionnette syndicale.

"Je ne voterai plus jamais socialiste. Jamais ! C'est fini", soupire Lionel Burriello. C'était dur "avec le chaud et la poussière". Un sale boulot oui, "mais être haut-fourniste, c'est noble, c'était une fierté", dit cet homme, sidérurgiste comme son père qui avait immigré d'Italie.

Pour Olivier Weber, qui a participé à la dernière coulée d'acier fondu sur place, le déclin de la sidérurgie est un déchirement: "Quand je vois les hauts-fourneaux, je vois ma famille au cimetière...".

En 25 ans, 1,5 million d'emplois industriels ont été perdus en France, désormais l'un des pays les moins industrialisés des économies développées, selon l'OCDE.

Des fleurons industriels comme Peugeot-Citroën (automobiles) ou Alstom (ferroviaire) appartiennent au cortège des entreprises passées par de fortes turbulences, pour lesquelles l'État est intervenu.

Aux frontières de l'Allemagne, du Luxembourg et de la Belgique, la Lorraine où se situe la vallée de la Moselle est durement touchée par la crise européenne de la sidérurgie.

"C'est devenu le désert ici", soupire Gabriele Mariotti, propriétaire d'un café sur la rue principale d'Hayange, une ville grise, au pied des hauts-fourneaux.

"L'or de la vallée, c'était l'acier. Maintenant il n'y a plus rien. Ils ont tout balancé à l'étranger à cause du fric", vitupère Fernand, ferrailleur et sympathisant du parti d'extrême droite Front national.

Le fils de Fernand a fait partie des centaines de personnes qui travaillaient pour des sous-traitants d'ArcelorMittal et ont perdu leur emploi.

Chaque jour, 90.000 travailleurs qualifiés franchissent la frontière pour aller travailler au Luxembourg, avec des salaires plus élevés.

- 'Eux contre nous' -

Comme dans la "rust belt" américaine ("ceinture de la rouille", près des Grands Lacs), qui a plesbicité Donald Trump, la crise fait le terreau de l'extrême droite. Hayange, conquise par les socialistes en 1995, est passée au parti Front National (FN) en 2014.

Qu'en sera-t-il à la présidentielle l'année prochaine ? La gauche a perdu beaucoup de points. "Les gens ici sont perdus. Ce qu'on entend c'est +on ne va pas voter+ ou +on va voter FN+", raconte Frédéric Weber, un syndicaliste.

Pour le président Hollande, "le combat a été gagné", les promesses tenues. Il est venu le dire sur place en octobre, en énumérant le reclassement des 629 ouvriers des hauts-fourneaux, l'absence de plan social et la création d'un institut de recherche publique.

Sans convaincre. "Hollande et Valls pour nous c'est bonnet-blanc blanc-bonnet. Ça change juste d'emballage", dit Frédéric Weber, alors que le Premier ministre Manuel Valls vient de démissionner pour se lancer dans la course à l'investiture à gauche.

A l'époque grand défenseur de la nationalisation de Florange, l'ancien ministre de l'Économie Arnaud Montebourg, également candidat à la primaire de la gauche, a lui aussi droit aux critiques.

Pour le député socialiste Michel Liebgott, il porte une "vision ouvriériste à la Zola qui n'existe plus" : "Dans les usines maintenant les gens sont derrière les ordinateurs!".

Lionel Burriello, qui sera candidat pour l'extrême gauche aux élections législatives de 2017, estime que les électeurs tentés par les sirène populistes ont deux choix, qui se résument par: "Eux contre nous". "Eux", ce sont les "travailleurs détachés" venus d'autres pays d'Europe, tandis que "pour le populisme d'extrême gauche, c'est l'oligarchie financière", précise-t-il.

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