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07/12/2016 12:22 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Italie: Matteo Renzi laisse une Italie encore convalescente

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, qui a démissionné mercredi soir, s'était donné mille jours, six mois après son arrivée au pouvoir en février 2014, pour changer l'Italie et la rendre plus forte et plus compétitive.

Mais si l'Italie est davantage écoutée en Europe quand elle dénonce le tout-austérité ou l'absence de solidarité sur l'immigration, elle est encore convalescente et toutes les promesses n'ont pas été tenues:

Croissance: toujours à la traîne

Après mille jours de gouvernement Renzi, le Produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 1,6%, la consommation des ménages de 3%, tandis que le déficit public a baissé de 0,4 point de pourcentage, selon des chiffres officiels.

Avec une croissance attendue de 0,8% cette année, l'Italie reste néanmoins à la traîne en Europe.

Le problème de fond est le recul constant de la compétitivité: si de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) sont performantes, particulièrement dans l'agro-alimentaire ou le luxe, beaucoup d'autres ne parviennent pas à lutter contre la concurrence internationale, dans le secteur du textile par exemple.

"C'est un problème qu'une seule législature ne peut pas résoudre", soulignait il y a quelques jours Pietro Reichlin, professeur d'économie à l'université Luiss.

La crise bancaire menace toujours

L'autre grand problème structurel de l'économie italienne réside dans la faiblesse de ses banques, trop nombreuses et plombées par une énorme masse de créances douteuses - 360 milliards d'euros pour l'ensemble du secteur.

Face à ce système trop éparpillé, le ministre des Finances Pier Carlo Padoan a mis en oeuvre un regroupement des banques populaires.

Les banques elles-mêmes ont institué un fonds de secours, le fonds Atalante. Mais ses ressources sont limitées et les banques ont déjà prévenu qu'elles ne comptaient pas remettre au pot.

L'indice des banques italiennes a chuté de près de 50% depuis le début de l'année à la Bourse de Milan et les marchés restent fébriles.

Un chômage élevé

Malgré l'opposition des syndicats et d'une frange de gauche de sa majorité, le gouvernement Renzi a fait adopter en 2015 le "Jobs Act", une réforme du marché du travail qui a assoupli les conditions de licenciement et aidé les entreprises à embaucher en Contrat à durée indéterminée (CDI).

Selon M. Renzi, l'Italie compte 656.000 personnes de plus ayant un emploi dont 487.000 en CDI, 665.000 inactifs en moins, et le taux de chômage a baissé de plus d'un point de pourcentage pour revenir à 11,7%.

Massimo Gibeli, un responsable de La CGIL, principal syndicat italien, a d'autres chiffres: "En trois ans, on a donné environ 35 milliards d'euros aux entreprises, dont 18 milliards pour la création d'emplois, et à peine plus de 250.000 ont été créés. C'est peu en regard de ce coût et des droits supprimés".

Des droits pour les homosexuels

C'est la plus importante réforme sociétale de ces derières années. Depuis le 29 juillet, le dernier grand pays d'Europe occidentale qui n'accordait aucun statut aux couples de même sexe, en raison des fortes résistances de l'Eglise catholique, a institué une union civile pour les couples gays. Elle inclut de nombreux droits liés au mariage, mais ne permet pas, contrairement au projet initial, d'adopter les enfants naturels du conjoint.

Les autres chantiers

Une réforme de l'administration publique est venue simplifier la vie des citoyens et des entreprises. Petite révolution pour nombre d'Italiens qui perdaient des mois sinon des années à obtenir une réponse, des délais ont été fixés au-delà desquels le silence de l'administration vaut acceptation.

La lutte contre la corruption a été renforcée avec la création d'une administration ad hoc, et un arsenal législatif a été mis en place pour lutter contre l'exploitation des travailleurs agricoles ou contre le gaspillage alimentaire.

Certains impôts ont été supprimés ou abaissés, mais la grande réforme fiscale promise n'a pas été faite.

Idem pour une réforme de la justice, qui a légèrement accéléré des délais souvent très longs en réduisant les vacances des magistrats mais n'a pas été menée jusqu'à son terme, en particulier pour ce qui concerne la procédure pénale, en raison de l'opposition d'une partie de la magistrature.

bur/ob/prh