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07/12/2016 03:47 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Israël: nouvelle étape pour la loi décriée sur les colonies au Parlement

Un projet de loi légalisant 4.000 logements dans des colonies israéliennes construites sur des terres privées palestiniennes en Cisjordanie occupée devait franchir mercredi une nouvelle étape malgré les multiples critiques qu'il suscite à l'intérieur et à l'étranger

La Knesset doit voter en première lecture ce texte soutenu par le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu et adopté lundi en lecture préliminaire. Si les députés entérinent ce projet mercredi, il devra ensuite être adopté au cours de deux votes pour avoir force de loi.

Le lobby de la colonisation est représenté dans le gouvernement par le Foyer juif, un parti nationaliste religieux. Pour ce parti, cette loi constitue un premier pas vers une annexion partielle de la Cisjordanie où quelque 400.000 colons sont installés sous la protection de l'armée israélienne.

Le texte vise à légaliser au regard du seul droit israélien 4.000 logements disséminés notamment dans 55 colonies dites sauvages, selon l'organisation israélienne anti-colonisation "La Paix maintenant".

Pour la communauté internationale, toutes les colonies, c'est-à-dire les implantations civiles israéliennes sur des terres occupées, sont illégales.

Elle ne distingue pas entre celles reconnues ou non par la loi qu'Israël applique à la majorité de la Cisjordanie. Toutes les colonies sont pour elle un obstacle majeur à une paix qu'elle craint de plus en plus hors d'atteinte.

- Annexion rampante -

Le scénario d'une annexion rampante a suscité l'inquiétude du Département d'Etat américain, qui est intervenu de façon inhabituelle dans la procédure législative en pressant la Knesset de ne pas voter le projet de loi en l'état.

"Nous espérons que ce texte ne deviendra pas une loi et que des changements et des modifications pourront y être apportés", a affirmé mardi Mark Toner, le porte-parole du Département d'Etat.

Il également fait part du "trouble" éprouvé par les États-Unis à propos des commentaires "de personnalités politiques en Israël affirmant que ce texte constituait la première étape pour l'annexion d'une partie de la Cisjordanie".

Le coordinateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Proche-Orient Nikolay Mladenov avait également dénoncé ce projet de loi.

Sur le front intérieur, le procureur général Avichaï Mandelblit, personnage central dans le système légal israélien et censé défendre les positions du gouvernement, a jugé le projet non conforme aux droits israélien et international. Selon les commentateurs, la loi une fois votée définitivement risque d'être retoquée par la Cour suprême.

C'est "la loi la plus dangereuse édictée par Israël depuis 1967", début de l'occupation de la Cisjordanie par Israël, a pour sa part affirmé à l'AFP Walid Assaf, ministre palestinien suivant le dossier de la colonisation.

Isaac Herzog, le chef d'une opposition de gauche a assimilé le texte à un "suicide national"

L'opinion publique est pour sa part divisée. Selon un sondage de l'Institut pour la Démocratie en Israël, 46% des Israéliens sont favorables à cette loi tandis que 43% y sont opposés. Ces résultats ne concernent que la majorité juive et n'inclut pas la minorité arabe (17,5 %) de la population israélienne.

Le projet de loi est le fruit d'un compromis entre Benjamin Netanyahu et Naftali Bennett, chef du Foyer juif et ministre de l'Education, qui n'a pas hésité à mettre à l'épreuve la cohésion gouvernementale pour faire avancer ses vues.

L'arrangement laisse cependant de côté la colonie dite sauvage (illégale pour Israël) d'Amona près de Ramallah, vouée par une décision de la Cour suprême à la démolition d'ici au 25 décembre.

Le vote en première lecture pourrait d'ailleurs connaître un certain retard à cause d'Amona, selon les médias. Les propriétaires palestiniens de deux des trois lopins où la quarantaine des familles de colons d'Amona devaient être déplacées à proximité de leur lieu d'habitation actuelle, se sont déclarés opposés à l'expropriation de leurs terres, a indiqué à l'AFP, Yesh Din, une ONG israélienne de défense des droits de l'Homme opposée à la colonisation.

jlr/hj