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07/12/2016 00:18 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Colombie: une guerre fratricide de plus d'un demi-siècle

La guerre entre la guérilla des Farc et la Colombie, dont le président Juan Manuel Santos doit recevoir samedi le prix Nobel de la Paix, est le plus ancien conflit armé du continent américain:

- Les origines -

Ce conflit complexe, dans un pays à la topographie difficile de montagnes et de jungles, est généralement daté des années 60 lorsque les guérillas se sont armées pour réclamer une répartition des terres plus équitable. Mais des analystes le font remonter au milieu du XXe siècle, à une période connue sous le nom de La Violence pour les sanglants affrontements entre partis conservateur et libéral. D'autres le datent même des années 1920, déjà marquées par des insurrections paysannes.

Des experts, auditionnés par les négociateurs de paix du gouvernement et de la guérilla, ont mis en exergue des causes multiples, dont l'exclusion sociale et politique des plus pauvres, un féroce bipartisme, et le déplacement massif de ruraux qui a amplifié la concentration des terres agricoles et le développement de bidonvilles.

- Les acteurs -

Au fil des décennies, le pouvoir colombien a affronté une trentaine de guérillas: les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), issues en 1964 d'une insurrection paysanne; l'Armée de libération nationale (ELN - encore active); le Mouvement du 19 Avril (M-19, démobilisé en 1990); l'Armée populaire de libération (EPL, démobilisée en 1991), outre des groupes moins importants et aujourd'hui dissous.

Les milices paramilitaires d'Autodéfense unies de Colombie (AUC), surgies dans les années 1980 et financées notamment par de grands propriétaires terriens pour combattre les rébellions de gauche, ont été démobilisées entre 2003 et 2006 après avoir parfois collaboré avec les militaires.

Les narcotrafiquants, qui ont mis le pays à feu et à sang dans les années 1980-90, ne sont pas considérés comme acteurs du conflit. Mais guérillas comme paramilitaires ont été, d'une manière ou d'une autre, impliqués dans le trafic de stupéfiants, source de financement.

- Les faits les plus graves -

Farc: nombreux enlèvements de longue durée comme celui de l'ex-candidate présidentielle Ingrid Betancourt en 2002 pendant six ans, et massacres tel celui de Bojaya (Choco, nord-ouest) qui a fait 79 morts la même année. La justice leur attribue aussi l'attentat à la voiture piégée du club El Nogal, à Bogota, qui a fait 36 morts en 2003.

ELN: prises d'otages massives, comme celle d'un avion de la compagnie colombienne Avianca en 1999, et attentats meurtriers tel le dynamitage d'un oléoduc à Machuca (Antioquia, nord-ouest), dans le cadre de sa lutte contre l'exploitation des ressources naturelles, qui avait provoqué une fuite de pétrole et l'incendie consécutif d'un village, faisant 84 morts.

Paramilitaires: tristement célèbres pour leur cruauté et le massacre de villages entiers dont ils accusaient les habitants de collaborer avec les guérillas, ainsi celui d'El Salado en 2000 avec 60 morts.

M-19: prise du palais de justice de Bogota en 1985, repris violemment par l'armée, affrontement qui a fait une centaine de morts et 11 disparus.

Armée: mise en cause pour sa pratique des "faux positifs", soit des centaines d'exécutions extrajudiciaires de civils déclarés comme guérilleros tombés au combat par des militaires afin d'obtenir primes et promotions.

- Les victimes -

Le conflit a fait depuis les années 60 au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et 6,9 millions de déplacés, ce qui place la Colombie parmi les dix nations les plus touchées par ce problème, devançant même la Syrie selon l'ONU. C'est en outre, après l'Afghanistan, le pays le plus miné au monde, avec quelque 11.500 victimes de mines antipersonnel, dont plus de 2.000 morts.

bur-fpp/tup/lb

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