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07/12/2016 06:56 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Budapest défend un verdict critiqué contre un Syrien

La Hongrie a fermement défendu mercredi la lourde peine de prison prononcée contre un Syrien domicilié à Chypre pour son rôle dans une émeute entre migrants et policiers, un verdict critiqué à la fois par Washington et Amnesty International.

Ahmed H., 40 ans, a écopé de dix ans de prison la semaine dernière pour "contrainte violente" sur des forces de l'ordre, un crime assimilé en droit hongrois à un "acte de terrorisme".

Cette décision a été critiquée mardi par le Département d'Etat américain qui estime qu'elle "repose sur une interprétation large de ce qui constitue le +terrorisme+".

Domicilié à Chypre depuis une dizaine d'années, où résident sa femme et ses enfants, l'accusé avait expliqué au tribunal s'être retrouvé à la frontière serbo-hongroise alors qu'il accompagnait ses parents qui fuyaient la Syrie, lors de la vague migratoire de 2015.

Le 16 septembre, parmi des centaines d'autres candidats à l'exil, il avait utilisé un mégaphone lors d'émeutes au cours desquelles les migrants avaient tenté de forcer la clôture barbelée à cette frontière.

Dans cette affaire, Washington a appelé la Hongrie à mener une "enquête transparente, avec la participation de groupes indépendants issus de la société civile", selon un communiqué de Mark Toner, porte-parole adjoint du Département d'Etat.

Le ministère hongrois des Affaires étrangères a qualifié mercredi les propos américains de "scandaleux et inacceptables".

"Attaquer la frontière hongroise pendant des heures pour attaquer directement la police hongroise (...) est un crime grave qui mérite une sanction grave", a déclaré le porte-parole Tamas Menczer dans un communiqué.

Il a reproché au Département d'Etat d'inciter le gouvernement hongrois "à intervenir dans les affaires d'un tribunal".

Ahmed H. avait expliqué aux juges avoir utilisé sa connaissance de l'anglais pour servir de médiateur entre les migrants et la police hongroise. Son avocat a assuré qu'il n'y avait pas non plus de preuve qu'il ait blessé qui que ce soit. Une quinzaine de policiers et plus de 100 migrants avaient été blessés.

Dix sept ans et demi de prison avaient été requis. Un procès d'appel se tiendra dans plusieurs mois.

"Jeter des pierres et entrer dans un pays de façon irrégulière ne constituent pas un acte de terrorisme et ne peut justifier cette décision draconienne", a dénoncé Gauri van Gulik de l'organisation Amnesty International.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, interpellé sur ce verdict, l'avait jugé "correct".

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