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07/12/2016 14:24 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Brésil: la Cour suprême maintient le président du Sénat et fait baisser la tension

La Cour suprême du Brésil a décidé mercredi de maintenir à son poste le président du Sénat Renan Calheiros, accusé de corruption, désamorçant la crise institutionnelle qui menaçait la stabilité du pays et le gouvernement de Michel Temer.

Cette décision apparaît comme un soulagement pour le président Temer et son gouvernement qui cherche à faire adopter au Parlement son impopulaire programme d'austérité en pleine récession. M. Calheiros est membre du parti de centre droit PMDB du chef de l'Etat.

Lundi, le Brésil s'était enfoncé un peu plus dans une crise institutionnelle à l'issue imprévisible, après la décision du juge Marco Aurelio Mello du Tribunal suprême fédéral (STF, Cour suprême) de suspendre de ses fonctions Renan Calheiros "avec effet immédiat".

La plus haute juridiction du Brésil, réunie en session plénière mercredi, est revenue sur cette mesure. Elle a toutefois décidé d'exclure le président du Sénat, troisième personnage de l'Etat, de la ligne de succession présidentielle.

Quatre jours plus tôt, le STF avait en effet décidé qu'il jugerait M. Calheiros pour détournements de fonds publics dans l'une des douze procédures pénales le visant pour des faits présumés de corruption.

Saisi par un parti écologiste, le juge Mello avait fondé son ordonnance sur un récent arrêt de la Cour suprême encore non entré en vigueur, stipulant qu'une personnalité inculpée ne pouvait occuper une fonction dans l'ordre de succession présidentiel.

Mais mardi matin, les événements se sont précipités: le Sénat brésilien a bravé la décision de ce juge en annonçant qu'il maintenait dans ses fonctions son président dans l'attente de la délibération collégiale finale du STF.

Mercredi, les onze juges ont en revanche dénoncé cette décision su Sénat, comme un menace pour la stabilité du pays.

"Une décision de justice doit être respectée afin que règne l'ordre judiciaire et non pas la volonté de tout un chacun", a déclaré la présidente de la Cour suprême, Carmen Lucia.

- Apaiser la crise -

Avec cette mesure, les juges du STF "ont cherché à remplir leur rôle institutionnel qui est d'apaiser (la crise)" car, estime-t-il, avec la décision du juge Mello, la haute juridiction "était en train de devenir la cause de l'instabilité", selon Michael Freitas Mohallem, professeur de droit et politologue de la Fondation Getulio Vargas.

Indéboulonnable cacique de la vie politique brésilienne, élu sénateur pour la première fois en 1994, M. Calheiros s'est dernièrement illustré en prenant la tête d'une fronde parlementaire contre les magistrats anti-corruption en charge de l'enquête sur l'énorme scandale de corruption Petrobras.

Cette enquête mettant en cause des dizaines de parlementaires, dont M. Calheiros, tétanise d'autant plus la classe politique que le n°1 du BTP brésilien Odebrecht a conclu un accord de collaboration explosif avec les enquêteurs en échange de remises de peine pour ses anciens dirigeants.

Ces derniers jours, les députés ont d'abord tenté de passer en douce une amnistie déguisée des financements occultes des campagnes électorales.

Ils ont reculé face à la vindicte populaire. Mais sont revenus à la charge mercredi dernier en dénaturant en pleine nuit par de multiples amendements un paquet de mesures censées durcir la législation anti-corruption.

Ils ont déchaîné la fureur des juges en introduisant en catimini un amendement prévoyant des peines de deux ans de prison contre les magistrats jugés coupables d'abus d'autorité dans l'exercice de leurs fonctions.

Dénonçant une offensive pour les museler, les procureurs du dossier Petrobras ont menacé le lendemain de démissionner en bloc si cette mesure entrait en vigueur.

Dimanche, des dizaines de milliers de Brésiliens de droite ont manifesté à travers le pays en défense des magistrats anti-corruption et contre M. Calheiros, 61 ans, dont le mandat à la tête du Sénat expire dans quelques jours.

Cette crise institutionnelle plombe les efforts du gouvernement Temer pour redresser la situation du pays.

"Le gouvernement avait tout intérêt à ce que Calheiros soit maintenu à son poste, car il a accéléré l'agenda économique du gouvernement au Congrès", souligne M. Mohallem.

Successeur impopulaire de la présidente de gauche Dilma Rousseff, destituée fin août par le Sénat, M. Temer a adressé mardi au parlement un projet de réforme du régime déficitaire des retraites qui durcit les conditions en fixant l'âge minimum de départ à 65 ans et la durée de cotisations à 49 années.

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