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07/12/2016 04:22 EST | Actualisé 08/12/2017 00:12 EST

Allemagne: le parti de Merkel veut revenir sur la double nationalité

Le parti conservateur d'Angela Merkel a demandé mercredi à revenir sur l'octroi automatique de la double nationalité aux enfants nés de parents étrangers en Allemagne, dans un contexte de durcissement général de son discours sur l'immigration.

Cette décision, controversée, a néanmoins peu de chances d'aboutir rapidement à un changement de la réglementation en raison d'un accord de coalition qui lie la CDU et les sociaux-démocrates du SPD au sein du gouvernement actuel, a prévenu un haut responsable du parti, Volker Kauder.

Les délégués du parti d'Angela Merkel, réunis en congrès à Essen (ouest), sont allés à l'encontre d'une recommandation de leur direction, en particulier du ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière.

Ce vote est de nature à fragiliser Angela Merkel au sein de son parti.

Le principe de la double nationalité, qui concerne essentiellement les enfants d'origine turque, avait fait l'objet d'un compromis avec les sociaux-démocrates, partenaires minoritaires de la coalition gouvernementale.

Ces derniers ont d'ailleurs immédiatement dénoncé "une déclaration de défiance à l'égard de l'immense majorité des binationaux", selon le ministre SPD de la Justice Heiko Maas, pour qui une telle mesure représenterait "un grand pas en arrière pour l'intégration".

Thomas de Maizière a insisté en vain sur le fait qu'il n'était pas bon de revenir sur un compromis. Il a également estimé qu'il s'agissait d'une gifle envoyée aux jeunes d'origine étrangère à l'heure où les questions d'intégration préoccupent grandement l'Allemagne.

Jusqu'en 2014, les enfants nés en Allemagne après le 1er janvier 2000 de parents étrangers mais vivant depuis au moins 8 ans en Allemagne disposaient automatiquement de la double nationalité.

Mais ils devaient décider entre 18 et 23 ans s'ils choisissaient la nationalité allemande ou celle de leurs parents.

Depuis décembre 2014, ils peuvent désormais conserver leurs deux passeports.

Or la CDU veut maintenant revenir au principe de "l'obligation de choix".

Dans un pays qui a longtemps refusé de se considérer comme une terre d'immigration bien qu'il compte 10,7 millions d'immigrés, la mesure adoptée il y a deux ans visait essentiellement les jeunes Turcs de la deuxième, voire de la troisième génération, surnommés les "Deutschtürken".

Les délégués de la CDU se sont également prononcés au deuxième et dernier jour de leur congrès en faveur d'un tour de vis en matière de droit d'asile.

Un catalogue de directives de 27 pages prévoit entre autres la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux rejoignant l'organisation Etat islamique (EI).

Il prône l'interdiction du voile intégral dans certains espaces publics, mesure reprise la veille à son compte par Angela Merkel, l'extension de la durée de séjour dans un centre de rétention pour les personnes déboutées de leur demande d'asile. La baisse des prestations sociales pour les demandeurs d'asile faisant de fausses déclarations est également prévue.

Tout au long de son congrès, la CDU a cherché à rétablir le curseur à droite face à la montée des populistes de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

Une des dirigeants de la communauté turque en Allemagne, Gökay Sofuoglu, a accusé la CDU sur la double nationalité de céder à la pression populiste. "Si les gens lors des élections ne peuvent plus faire la distinction entre la CDU et l'AfD, ils voteront pour l'AfD", a-t-il dénoncé.

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