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05/12/2016 01:09 EST | Actualisé 06/12/2017 00:12 EST

Nouvelle avancée du régime syrien à Alep avant une réunion à l'ONU

L'armée syrienne s'est emparée lundi d'un nouveau quartier rebelle à Alep à la suite d'intenses bombardements, tandis qu'un nouveau projet de trêve de sept jours est examiné par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Au 21e jour de sa dernière offensive, le régime du président Bachar al-Assad contrôle désormais près des deux-tiers d'Alep-Est, la partie rebelle de la deuxième ville de Syrie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Aguerris par cinq ans de guerre mais submergés par la puissance de feu du régime, les rebelles ont cédé un nouveau quartier, celui de Qadi Askar, dans la nuit de dimanche à lundi.

L'objectif de l'armée syrienne, appuyées par des combattants étrangers notamment irakiens et libanais, est désormais de conquérir le quartier de Chaar, l'un des plus peuplés d'Alep-Est, qu'ils encerclent. Sa prise lui permettrait de reprendre le contrôle de 70% des zones que les groupes insurgés avaient conquises en 2012, selon l'OSDH.

"Le régime assèche les combattants rebelles en munitions en ouvrant de nombreux fronts à la fois", indique Rami Abdel Ramane, le directeur de cette ONG disposant de nombreux informateurs en Syrie.

L'offensive de reconquête lancée le 15 novembre par Damas avec le soutien de la Russie est vivement dénoncée par l'ONU et les pays occidentaux, mais ces derniers restent impuissants à y mettre fin.

- Une trêve? -

Après l'échec des précédentes, une nouvelle initiative diplomatique sera présentée dans l'après-midi devant le Conseil de sécurité de l'ONU à New York. Il s'agit d'une résolution demandant une trêve d'au moins sept jours à Alep et un accès humanitaire aux habitants d'Alep-Est, selon des diplomates.

Ce texte a été mis au point par trois membres non-permanents du Conseil -Egypte, Nouvelle-Zélande et Espagne- après de longues négociations avec la Russie, très réticente.

Mais le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a qualifié lundi ce projet de résolution de "provocation".

"En prenant en compte tous les aspect et les développements de la situation, ce projet de résolution est en grande partie une provocation", a déclaré M. Lavrov. La Russie a un droit de véto au Conseil.

Cette trêve temporaire vise, selon ses initiateurs, à être le prélude à une cessation des hostilités sur l'ensemble de la Syrie après cinq ans et demi de guerre qui ont fait plus de 300.000 morts. Une telle perspective est jugée irréaliste par de nombreux experts, pour qui Damas et Moscou veulent obtenir une victoire à Alep avant l'entrée en fonction de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier.

La Russie mène en outre des raids aériens sur la province d'Idleb, voisine de celle d'Alep, qui est contrôlée par les rebelles. Des frappes probablement menées par l'aviation russe ont tué dimanche au moins 46 personnes, en majorité des civils, selon l'OSDH.

- Fuite ou retour déçu -

A Alep, "des centaines de familles ont fui depuis hier les zones rebelles pour les quartiers récemment capturés par le régime", a précisé M. Abdel Ramane.

Pour ceux qui restent, la vie est de plus en plus difficile et beaucoup d'entre eux ont passé une nuit sans sommeil, terrifiés par des bombardements incessants des forces gouvernementales, a témoigné un correspondant de l'AFP. Ils ont évité d'allumer toute lumière dans leur maison afin de ne pas être pris pour cibles.

Ceux qui le peuvent se réfugient dans des caves, d'autres se contentent de se mettre à l'abri dans les entrées d'immeubles.

Au moins 319 civils ont été tués, dont 44 enfants, tandis que plus de 50.000 des 250.000 habitants d'Alep-Est ont fui depuis le lancement de l'offensive du régime, selon l'OSDH. 69 personnes, dont 28 enfants, ont en outre péri côté gouvernemental d'Alep après de tirs rebelles.

Assiégés par le régime depuis quatre mois, les habitants d'Alep-Est manquent également de nourriture et la plupart des structures médicales ont été détruites.

Pour ceux qui retournent dans les zones reprises par le régime, les espoirs sont parfois douchés par l'ampleur des destructions qui empêchent tout réinstallation.

Ainsi, Kafa Jawish, une Alépine de 36 ans, se faisait une joie de retrouver son appartement qu'elle avait été contrainte de quitter "il y a quatre ans". Mais, revenue dimanche sur les lieux, il n'y a plus ni porte d'entrée ni fenêtres. "Nous avons travaillé des années pour avoir une maison (...) et maintenant il n'y a plus rien", s'écrie la jeune femme, les larmes aux yeux.

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