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05/12/2016 07:12 EST | Actualisé 06/12/2017 00:12 EST

La torture dans les conflits mieux acceptée (enquête CICR)

Une vaste enquête menée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) montre que plus d'un tiers des personnes interrogées acceptent le recours à la torture dans les conflits, une nette progression en l'espace de près de 20 ans.

Le sondage, organisé dans 16 pays auprès de plus de 17.000 personnes, révèle également qu'une majorité pensent que les conflits devraient être encadrés par des règles internationales, interdisant notamment les attaques contre les zones habitées ou les hôpitaux et le personnel médical.

Mais selon l'enquête, seulement 48% des personnes interrogées condamnent la torture de combattants ennemis pour obtenir des renseignements militaires importants, alors qu'ils sont 36% pour juger qu'elle devrait être autorisée tandis que 16% ne se prononcent pas.

Dans une enquête similaire conduite en 1999, ils étaient 66% à refuser la torture, contre 28% la jugeant acceptable et 6% se déclarant sans opinion.

Lors d'une conférence de presse à Genève, Peter Maurer, président du CICR, a jugé ces résultats "choquants" et "déconcertants".

"Nous devons nous souvenir que la torture est une mauvaise chose et qu'elle n'arrive à rien, à part entraîner tout le monde vers les caniveaux les plus sombres", a-t-il ajouté, soulignant que "même pendant un conflit, toute personne doit être traitée avec humanité".

L'enquête -- la plus vaste jamais entreprise par le CICR -- s'est déroulée entre juin et septembre de cette année dans 10 pays en proie à des conflits, dont l'Irak, le Nigeria et le Soudan du Sud, ainsi que dans les "P5", les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU -- Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne et France -- et en Suisse.

Dans les pays en conflit, 78% de la population sont opposés aux combats dans des zones habitées, alors qu'ils ne sont que 50% dans les "P5", selon le sondage.

"Plus vous regardez les conflits seulement au cinéma et sur les écrans (...) plus vous devenez détaché par rapport aux règles fondamentales de la loi humanitaire internationale, comme la torture ou l'attaque de civils", a déploré M. Maurer.

"Le fait de vivre loin des réalités de la guerre vous rend plus facilement déconnecté", a-t-il poursuivi: "Nous ne devons pas perdre notre empathie et nous engourdir".

En revanche, la torture d'un ennemi pour obtenir des renseignements serait tolérée par 70% des Nigérians, 50% des Israéliens et 46% des Américains.

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