NOUVELLES
04/12/2016 14:22 EST | Actualisé 05/12/2017 00:12 EST

Tristesse et incertitudes après l'incendie mortel d'Oakland

Visage caché derrière une écharpe et des lunettes noires, une femme laisse un bouquet sur le trottoir, ainsi qu'un message à la craie rose: "Rest in power".

Quelques bougies, des bouquets de fleurs passés à travers une grille à côté d'un cordon de sécurité, un mini-mémorial s'est improvisé à deux blocs d'un ancien entrepôt de Oakland en Californie, ravagé par un incendie mortel lors d'une fête dans la nuit de vendredi à samedi.

Les pompiers n'avaient toujours pu accéder dimanche qu'à une petite partie du bâtiment, dont les étages se sont effondrés, mais ont déjà retrouvé 33 corps dans les décombres. Les recherches des victimes se poursuivaient à l'abri des regards, mais le ballet des voitures de police, véhicules de pompiers, et camions bennes attendant de charger les débris attirait les habitants du quartier, venus surtout par curiosité, mais aussi rendre hommage aux victimes.

Une autre jeune femme, en larmes, met de l'eau dans un bocal de fleurs posé sur le trottoir. Un collègue "était très probablement ici", indique brièvement Anna aux journalistes. "Je n'ai aucune idée d'où il est. J'espère qu'il est en sécurité, j'espère vraiment".

Susan Matthews tient elle dans ses mains deux gobelets en plastique qu'elle a remplis de débris brûlés "pour faire un autel" commémoratif. Cette artiste qui vit à deux blocs du lieu du drame "ne pense pas" avoir perdu quelqu'un dans l'incendie, mais dit avoir retrouvé jusque dans son jardin des cendres et des débris du bâtiment, qui abritait un collectif d'artistes.

- Mur de feu -

Beaucoup d'incertitudes subsistent sur les causes et les circonstances du drame, mais certains commencent à suggérer que si autant de victimes sont restées coincées à l'intérieur et que les recherches sont si difficiles, c'est parce que les règles de sécurité n'étaient pas respectées dans le bâtiment, décrit par certains témoins comme un véritable labyrinthe, encombré d'oeuvres d'arts et d'autres objets.

Susan Matthews dit n'y être jamais rentrée, mais "ça avait l'air d'un endroit beau et fantaisiste, avec un piano dehors, c'était fascinant". Son compagnon, Fernando Valenzuela, qui travaille dans le secteur de l'assurance, est plus critique. "Ca avait l'air trop inquiétant de l'extérieur". Et d'ajouter, "voir les graffitis, les débris et les déchets dans la rue. Je ne voyais pas ça comme de l'art".

Chris Nechodom, qui visitait pour la première fois les lieux le soir du drame, décrit pour sa part beaucoup de choses bricolées, mais assure n'avoir "jamais pensé au feu. J'ai vu des extincteurs, je suis parti du principe qu'il y avait des détecteurs de fumée. Mais je n'ai pas entendu d'alarme", concède-t-il.

"J'étais au rez-de-chaussée, j'ai eu de la chance", reconnaît ce photographe, dont le récit souligne la rapidité avec laquelle le feu s'est propagé.

Il dit avoir juste remarqué au départ "un peu de fumée très légère au plafond. Certains ont plaisanté: est-ce que c'est la machine à fumée à l'étage? Et puis c'est devenu un peu plus épais", raconte-t-il. "Tout s'est passé en quelques secondes, nous avons commencé à voir des gens courir, affolés et criant au feu".

A un moment, "je me suis retourné et ça allait d'un mur à l'autre, le plafond était en feu et ça se répandait vers l'avant. Et c'était comme si ça descendait en piqué, l'arrière était en feu mais il y avait tellement de choses (dans la pièce) que le mur de feu avançait moins vite que sur le plafond".

Il dit être sorti de justesse. "Peut-être moins d'une minute après ça, nous avons entendu un bruit. Je ne sais pas ce que c'était, si quelque chose s'est effondré, mais c'est le moment où de la fumée noire épaisse est sortie par la fenêtre et brutalement par la porte. A partir de là, seulement quelques personnes de plus sont sorties".

soe/vog