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04/12/2016 07:43 EST | Actualisé 05/12/2017 00:12 EST

Les Ouzbeks élisent leur président dans un scrutin sans surprise

Les Ouzbeks se sont rendus aux urnes dimanche pour une élection présidentielle dont le président par intérim Chavkat Mirzioïev est le favori, trois mois après la mort d'Islam Karimov qui a dirigé l'Ouzbékistan pendant un quart de siècle.

Les 9.300 bureaux de vote ont fermé dimanche soir à 15H00 GMT. La participation dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale d'environ 30 millions d'habitants s'est élevée à 87,83%, selon la Commission électorale centrale, citée par l'agence russe RIA Novosti. La commission annoncera les résultats lundi.

Islam Karimov est mort en septembre d'une hémorragie cérébrale à 78 ans, après avoir dirigé le pays d'une main de fer pendant 27 ans.

Ce scrutin ne devrait cependant pas être différent de ceux organisés sous son règne, assurent les analystes, rappelant que l'Ouzbékistan, indépendant depuis la disparition de l'Union soviétique en 1991, n'a jamais connu d'élections jugées libres par les observateurs internationaux.

"L'Ouzbékistan a sa propre vision de la démocratie. Il n'y aura pas de surprise", explique l'analyste ouzbek Kamoliddine Rabbimov, qui vit en France.

Sur son site, la commission électorale a publié des citations d'électeurs enthousiastes. "Je me rends compte de l'importance de ma voix pour le futur développement de mon pays et cela me rend fière", s'exclamait ainsi l'étudiante Sevara Foziljonova.

"A une époque, nous devions être d'accord avec tout. Mais maintenant, tout a changé", affirmait de son côté Badal-Bobo Khouramov, identifié comme un ancien conducteur de tracteur de 106 ans.

- Mirzioïev, le grand favori -

Nommé président par intérim quelques jours après le décès de Karimov, Chavkat Mirzioïev, 59 ans, fait figure de grand favori pour remporter un mandat présidentiel de cinq ans.

Chavkat Mirzioïev, qui a voté dès 06H00 GMT, est le candidat du Parti libéral-démocrate d'Islam Karimov.

Face à lui, trois candidats se présentent: Khatamjan Ketmonov, du Parti démocratique populaire, Narimon Oumarov et Sarvar Otamouratov, tous deux issus du Parti démocratique social.

"Tout a été fait pour s'assurer que les autres candidats soient encore plus inconnus que Mirzioïev", explique M. Rabbimov.

Associé de longue date au pouvoir d'Islam Karimov, Chavkat Mirzioïev a été Premier ministre de 2003 à 2016. Sa nomination au poste de président par intérim avait été interprétée comme le signe de la continuité avec la politique de l'ancien dirigeant.

Chavkat Mirzioïev a cependant donné des signes d'assouplissement du régime: il a gracié un célèbre prisonnier politique et affirmé vouloir réformer l'économie du pays, entièrement placée sous contrôle de l'Etat.

"Il essaie d'arrondir les angles du système Karimov", a estimé Scott Radnitz, spécialiste de l'Asie centrale pour l'Université de Washington.

Ce système est caractérisé par "un strict contrôle politique, une économie croulante, une agriculture arriérée", rappelle-t-il.

"Cela marche pour maintenir le pouvoir, et pour garder un taux de croissance bas et stable, mais cela étouffe les gens normaux", souligne-t-il.

- Vers un Ouzbékistan moins isolé? -

Considéré comme prorusse, Chavkat Mirzioïev a rencontré le président russe Vladimir Poutine dès septembre, lorsque celui-ci s'était recueilli sur la tombe d'Islam Karimov.

M. Poutine lui avait alors assuré qu'il pouvait compter sur la Russie "comme sur (ses) amis les plus loyaux".

Sous le règne sans partage de Karimov, l'Ouzbékistan, dont l'armée est la plus puissante d'Asie centrale, ne s'est aligné ni sur Moscou, l'ancienne puissance tutélaire de l'époque soviétique, ni sur les États-Unis, tout en tirant profit de leur rivalité dans la région.

En 2012, Tachkent a quitté l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), dirigée par Moscou.

Mais en 2005, le pays avait mis un terme à la location d'une base militaire utilisée par les Etats-Unis pour leurs opérations en Afghanistan.

Chavkat Mirzioïev a déclaré après la mort d'Islam Karimov que le pays ne participerait à "aucune alliance militaire et politique", et ne permettrait pas "la création de bases ou d'infrastructures militaires" sur son territoire.

"Il peut maintenir cette politique consistant à ne pas rejoindre des blocs militaires, ou héberger des bases, mais je pense que l'Ouzbékistan va commencer à prendre part à de plus en plus d'initiatives internationales", affirme M. Rabbimov.

Chavkat Mirzioïev "va comprendre que le pays ne peut pas survivre isolé", assure-t-il.

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