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03/12/2016 20:15 EST | Actualisé 04/12/2017 00:12 EST

En Inde, une tribu sauve des vies en attrapant des serpents

Une faucille, un pied de biche et des sacs en toile: voilà tout ce qu'emportent Kali et Vedan dans les champs du sud de l'Inde pour capturer certains des serpents les plus venimeux du monde.

De génération en génération, les membres de la tribu Irula se transmettent un savoir-faire crucial pour la fabrication d'antivenin dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants qui compte le plus grand nombre de morts par morsure de serpent.

Depuis son ouverture dans les années 1970, cette coopérative d'attrapeurs de serpents, en périphérie de la ville tamoule de Chennai, a révolutionné la production d'antivenin en Inde, produisant des quantités suffisantes pour approvisionner tous les hôpitaux du pays.

Les Irulas y ont aussi trouvé un moyen de subsistance. L'une des tribus les plus pauvres de la région, ils avaient pour tradition de chasser des serpents pour vendre leur peau - jusqu'à ce que l'Inde interdise la pratique en 1972.

Les techniques enseignées par son père, Kali, 36 ans, les utilise désormais à bon escient pour récolter du venin de serpent.

Ce mois-ci, il est chargé d'attraper des vipères des pyramides et de Russell, deux des quatre espèces de serpents les plus dangereuses en Inde, pour se conformer aux quotas de production de la coopérative.

Se mettant en marche avec son partenaire Vedan, ils repèrent, après une vingtaine de minutes d'exploration, un petit serpent dissimulé dans le creux de la palissade d'un champ de riz.

D'une adroite manoeuvre, Vedan s'empare du reptile à mains nues. Il le dispose dans un sac de toile qu'il serre fermement d'un noeud, avant de glisser le tout dans un sac en plastique.

"C'est une femelle vipère des pyramides adulte", explique Kali, qui comme beaucoup d'Indiens n'a qu'un seul nom, "en hiver ils aiment se cacher dans l'écorce des arbres".

Pour cette découverte, il recevra 300 roupies (4,1 euros). Un prix qui peut monter à 2.500 roupies (34 euros) pour un cobra.

Les chiffres officiels recensent peu de morts de morsure de serpents, les victimes n'ayant généralement pas le temps d'atteindre un hôpital. Une étude de 2011 estimait que 46.000 personnes y succombaient chaque année dans ce pays d'Asie du Sud.

- Antigènes -

Lorsque la chance est avec lui, Kali débusque rapidement un serpent. Mais d'autres fois, il peut marcher des jours sans prise. Grâce à ses revenus, il envoie ses enfants à l'école, où lui-même n'avait pu aller.

Ses proies sont conservées pendant un mois dans la coopérative publique, séjour pendant lequel leur venin sera récolté à quatre reprises et au terme duquel elle seront relâchées dans la nature.

De retour à l'atelier, Kali et Vedan ont placé leur vipère dans un pot en terre en préparation du processus d'extraction.

L'extracteur sort le serpent en le tenant juste en dessous la tête. Le reptile est approché d'un verre sur lequel a été tendu une pièce de cuir destinée à imiter la peau humaine.

L'animal y plonge ses crochets. Le liquide mortel s'écoule le long des parois transparentes et s'accumule au fond de conteneur.

"Le serpent doit mordre, c'est la seule manière qu'il a d'injecter du venin", explique R. Kumar, en charge de la délicate manoeuvre, après avoir retiré quelques écailles de la peau de l'animal pour le marquer.

Le venin de quatre espèces de serpents sera ensuite mélangé et injecté, en petites doses non létales, à des chevaux dont l'organisme émettra alors des antigènes qui seront utilisés pour fabriquer l'antivenin.

Cette méthode est la seule pour obtenir un antidote fiable, potentiellement décisif pour les centaines de millions de paysans indiens qui risquent chaque jour d'être mordus dans leurs champs.

"Ce travail est important, il est comme sacré pour nous", confie R. Kumar.

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