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02/12/2016 23:16 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Vers la création d'un fonds et d'un réseau de refuges pour sauver le patrimoine en péril

Sous l'impulsion de Paris et d'Abou Dhabi, une conférence internationale devrait adopter samedi une déclaration d'engagement pour la création d'un fonds pour la protection du patrimoine de l'humanité et d'un réseau de refuges pour les biens culturels menacés par des conflits.

"Ces deux éléments figureront dans la déclaration" finale, a indiqué à l'AFP le Français Jack Lang, ancien ministre de la Culture et co-organisateur de la réunion, placée sous le patronage de l'Unesco qui s'est fortement mobilisée depuis les destructions commises par des jihadistes en Syrie et en Irak.

Le projet de texte ne mentionne pas de chiffre pour ce fonds, mais la France et les Emirats arabes unis ont évoqué un objectif de 100 millions de dollars.

La France a indiqué qu'elle y contribuerait à hauteur de 30 millions de dollars. D'autres Etats, dont certaines monarchies du Golfe et la Chine, ont signalé leur disposition à un effort financier, sans cependant préciser de montants.

Le fonds, qui bénéficierait d'apports publics et privés, serait mis en place à Genève afin de protéger le patrimoine en danger dans les zones de conflit.

Il contribuerait au financement d'opérations de prévention et d'urgence, à la lutte contre le trafic illicite d'oeuvres d'art et servirait aussi à la restauration de biens culturels endommagés, selon un projet de déclaration en cours de finalisation.

- Zones refuges -

L'autre objectif de la conférence concerne la création d'un réseau international de zones refuges pour préserver temporairement des biens culturels mis en péril par des conflits armés ou par le terrorisme sur le territoire où ils se trouvent.

Les questions de souveraineté étant toujours sensibles sur la scène internationale, ces biens ne pourraient être déplacés vers un pays voisin ou, en dernier ressort, vers un autre pays plus lointain qu'à la demande des gouvernements concernés, selon une source ayant participé aux discussions.

Certains Etats, comme la Bosnie-Herzégovine, ont exprimé leur disposition à faire partie du réseau de refuges, mais d'autres, comme l'Egypte, ont exprimé des réserves, a indiqué un délégué à l'AFP.

Parlant à la tribune, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a déclaré que le processus de "zones refuges" devait être la "dernière option" et que des "garanties" devaient être fournies pour la "restitution en toute sécurité" d'un bien culturel au pays propriétaire.

Les participants à la conférence devraient appeler le Conseil de sécurité de l'ONU à appuyer les objectifs fixés à Abou Dhabi, selon le projet de déclaration.

Le président français François Hollande et l'homme fort des Emirats arabes unis, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, doivent clôturer samedi la conférence en présence d'au moins 13 autres chefs d'Etat ou de gouvernement, dont certains monarques du Golfe, selon les organisateurs.

Les présidents du Mali et d'Afghanistan, dont les pays ont aussi souffert de saccages, devraient être aussi présents.

Des représentants d'une quarantaine de pays, ainsi que d'institutions publiques et privées, participent depuis vendredi aux débats.

"Il est invraisemblable que l'Union européenne ne se soit pas mobilisée sur un tel sujet", a déploré Jack Lang.

Côté émirati, c'est Mohammed Khalifa al-Moubarak, président de l'Autorité du tourisme et de la culture d'Abou Dhabi, qui a préparé la réunion.

La conférence sur le patrimoine se tient en marge de l'achèvement du Louvre d'Abou Dhabi, voulu comme "le premier musée universel dans le monde arabe" et un symbole d'"ouverture" et de "tolérance".

M. Hollande, qui a renoncé à briguer un second mandat, a visité le site du futur musée samedi matin.

Evoquant la protection du patrimoine, le président français a parlé d'un "conflit entre la civilisation, l'humanité et la barbarie".

Le Louvre d'Abou Dhabi "a le pouvoir d'envoyer un message de paix, de dialogue, de compréhension et d'intelligence", a-t-il dit.

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