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02/12/2016 21:01 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Les Etats-Unis s'opposent au rachat d'Aixtron US par le groupe chinois Grand Chip (Trésor)

Les Etats-Unis ont bloqué vendredi le rachat du groupe industriel Aixtron, basé en Allemagne, par le groupe chinois Grand Chip Investment, invoquant "des risques pour la sécurité nationale", selon un communiqué du Trésor.

Par un décret, le président Barack Obama a interdit l'acquisition de la filiale américaine d'Aixtron, fabricant de composants destinés au marché des semi-conducteurs, qui peuvent avoir des applications militaires. Cela revient dans les faits à bloquer pour l'instant l'acquisition du groupe allemand par le Chinois.

Fin octobre le gouvernement allemand, qui avait initialement donné son feu vert à ce rachat d'un montant de 670 millions d'euros, avait suspendu sa décision après avoir reçu des informations du gouvernement américain selon lesquelles une telle opération reviendrait à transférer des technologies sensibles.

La mesure ordonnée vendredi par l'administration Obama somme "les acheteurs et Aixtron de prendre toutes les mesures nécessaires pour abandonner le rachat proposé de la filiale américaine d'Aixtron dans les 30 jours".

En Allemagne, Aixtron compte environ 750 employés et génère presque 200 millions d'euros de chiffre d'affaires. Aux Etats-Unis, le groupe est représenté par une filiale d'une centaine de personnes, en Californie.

La Maison Blanche a l'autorité de s'opposer à un rachat par une entreprise étrangère quand il y a "une preuve crédible que la prise de contrôle par un intérêt étranger (...) menace d'altérer la sécurité nationale", indique le Trésor.

L'inquiétude semble porter sur un procédé de dépôt organo-métallique chimique en phase gazeuse (MOCVD), utilisé dans la composition des semi-conducteurs qui entrent dans la fabrication des lasers et des cellules solaires notamment.

Le ministère chinois des Affaires étrangères, interrogé sur l'opposition américaine au rachat d'Aixtron, a dénoncé une "interférence politique" injustifiée et des "interprétations" excessives.

"Cette acquisition est une transaction commerciale parfaitement normale. Puisqu'il s'agit d'une opération normale, elle doit être conduite selon les principes ordinaires et la loi du marché", a insisté vendredi Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise, lors d'une conférence de presse régulière.

"Nous espérons qu'il n'y aura pas dans ce dossier d'interférences politiques, et qu'il n'y aura pas non plus d'interprétations politiques excessives", a-t-il ajouté.

Les investissements chinois en Allemagne devraient atteindre un montant record, avec déjà 3,4 milliards d'euros investis au premier semestre de 2016.

Non sans déclencher de controverse: le géant chinois de l'électroménager Midea a bouclé à l'été le rachat pour 4,6 milliards d'euros du fabricant allemand de machines-outils Kuka, fleuron de l'industrie de pointe du pays, suscitant une vive polémique dans la classe politique outre-Rhin.

De son côté, aux Etats-Unis, le Comité des investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS) a été plusieurs fois à l'origine de rachats avortés.

En 2008, la société d'investissements Bain Capital, associée au groupe chinois Huawei, avait dû abandonner son projet d'acquérir le groupe américain de haute technologie 3com, l'un des fournisseurs de services télécoms à l'administration américaine.

En 2005, le chinois CNOOC avait était contraint de retirer son offre de rachat de la compagnie pétrolière Unocal, s'estimant victime du "climat politique" à Washington. La presse officielle à Pékin avait alors estimé que l'économie américaine n'était pas "libre".

vmt-jug/ol

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