NOUVELLES
02/12/2016 09:28 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Une alliance se forme à Abou Dhabi pour préserver le patrimoine en péril

Une conférence internationale s'est ouverte vendredi à Abou Dhabi pour mettre en place de nouveaux outils destinés à empêcher la répétition des destructions au bulldozer et au marteau-piqueur commises par des jihadistes sur des sites appartenant au patrimoine de l'humanité.

Le président français François Hollande clôturera la réunion samedi aux côtés de l'homme fort des Emirats arabes unis, Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, de la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, et d'au moins 13 chefs d'État ou de gouvernement étrangers, selon les organisateurs.

La conférence d'Abou Dhabi a discuté de la création d'un fonds spécial de 100 millions de dollars pour la protection du patrimoine et d'un réseau international de "zones refuges" pour mettre à l'abri des biens menacés par les conflits.

A la veille de la conférence, cinq prix Nobel, dont la Birmane Aung San Suu Kyi, ont appelé les participants à prendre "leurs responsabilités" face à un défi "historique".

"Le temps n'est plus aux indignations impuissantes", ont souligné les signataires en rappelant qu'à Bamiyan (Afghanistan), Mossoul (Irak), Palmyre (Syrie) et Tombouctou (Mali), "le fanatisme" avait cherché à saper "notre espérance dans l'avenir".

- 'Inséparable' -

Vendredi, de vibrants appels à "l'unité" et à "l'action" ont été lancés pendant la conférence.

C'est "le temps de la mobilisation internationale: acteurs privés et publics réunis au service de la protection du patrimoine menacé par les guerres, la barbarie et le terrorisme", a déclaré le Français Jack Lang en souhaitant que la réunion soit "tournée vers l'action".

"Nous travaillons ensemble pour lancer une initiative mondiale", a dit pour sa part Mohammed Khalifa al-Moubarak, président de l'Autorité du tourisme et de la culture d'Abou Dhabi.

Il s'agit de constituer une alliance entre des États, des institutions publiques, des groupes privés, des spécialistes et de grandes ONG capables de se mobiliser pour des actions de prévention, d'intervention d'urgence et de réhabilitation post-conflit pour des monuments endommagés ou détruits.

Il s'agit aussi de lutter contre le trafic illicite d'oeuvres d'art qui alimente les caisses de groupes armés.

C'est "le pendant culturel de la lutte menée contre le terrorisme sur les plans militaire et politique", souligne-t-on côté français.

"La protection du patrimoine est inséparable de la protection des vies humaines", a estimé Mme Bokova en qualifiant de "crime de guerre" et de "nettoyage culturel" les saccages commis au nom d'un prétendu combat contre l'idolâtrie.

- 'Tolérance' -

Le président-directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, a dit que des destructions de biens culturels avaient ponctué l'histoire de l'humanité, mais que "la médiatisation" de ces saccages constituait une nouveauté et un défi.

Selon M. Lang, Paris contribuera à hauteur de 30 millions de dollars au fonds spécial pour la protection du patrimoine.

Le fonds serait constitué sous la forme d'une "entité juridique indépendante", selon un document préparatoire qui évoque une "fondation de droit suisse" susceptible d'être établie à Genève dès 2017.

La justice suisse a par ailleurs annoncé vendredi avoir ordonné la mise sous séquestre d'objets archéologiques en provenance de Palmyre (Syrie), du Yémen et de Libye, qui étaient entreposés dans les Ports francs de Genève entre 2009 et 2010.

Le fonds proposé pourrait bénéficier d'incitations fiscales et s'inspirer des statuts du "Global Fund", le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, fondation à but non lucratif basée aussi à Genève, selon une source française.

L'autre objectif de la conférence est de discuter de la création d'un "réseau international de zones refuges" pour répondre aux demandes d'États souhaitant mettre à l'abri leurs trésors en péril. Un "refuge" serait prioritairement établi dans le pays théâtre du conflit, souligne un des promoteurs du projet.

La conférence d'Abou Dhabi s'achèvera sur l'adoption d'une déclaration politique qui demandera au Conseil de sécurité de l'ONU d'appuyer les objectifs fixés, selon un projet de texte.

La réunion se déroule en marge des travaux d'achèvement du Louvre d'Abou Dhabi, voulu comme "le premier musée universel dans le monde arabe" et un "symbole de tolérance".

M. Hollande, qui vient d'annoncer qu'il renonçait à un second mandat, est arrivé vendredi en fin d'après-midi à Abou Dhabi, en pleine célébration du 45e anniversaire de l'indépendance des Emirats.

Il visitera samedi le site du Louvre qui sera inauguré en 2017.

ras/tm/hj