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02/12/2016 00:57 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Mladic, le "boucher des Balkans" à l'heure de la justice

Il est accusé d'être un acteur de l'épuration ethnique en ex-Yougoslavie et le chef d'orchestre à Srebrenica du pire massacre en Europe depuis 1945: les victimes n'ont pas attendu la justice pour faire de Ratko Mladic le "boucher des Balkans".

Ses soutiens sont convaincus de la sévérité à venir du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), où les réquisitions débutent lundi. En novembre à Belgrade, l'amie et biographe du "Général", Liljana Bulatovic, dénonçait auprès de l'AFP "un scénario écrit d'avance".

Pour les victimes des guerres des années 1990, Ratko Mladic, aujourd'hui 74 ans, est loin du défenseur des Serbes que s'emploient à décrire ses admirateurs.

"Ne craignez rien, vous serez évacués en toute sécurité", promettait en juillet 1995 le chef militaire des Serbes de Bosnie aux musulmans fuyant l'enclave de Srebrenica.

Puis les hommes et les adolescents étaient séparés des femmes pour ne plus être revus vivants. Quelque 8.000 ont été assassinés en six jours dans ce que le TPIY considère comme un acte de génocide.

- L'homme du siège de Sarajevo -

Ce n'est pas le seul crime reproché à cet officier yougoslave chargé en juin 1991, alors que la guerre arrive, d'organiser en Croatie les séparatistes serbes de l'éphémère république de Krajina.

Quand le conflit s'étend en Bosnie, en 1992, promu général, il devient l'homme du siège de Sarajevo, où bombes et snipers feront 10.000 morts en trois ans.

Mladic est né 50 ans plus tôt, le 12 mars 1942, une soixantaine de kilomètres plus au sud, à Bozanovici. Il a deux ans quand son père est assassiné par les oustachis croates pronazis.

Mladic réunira Musulmans et Croates dans une même haine, s'érigeant en défenseur du peuple serbe "menacé de génocide et voué à disparaître devant la pénétration de l'islam".

Le président Slobodan Milosevic, décédé en 2006 à La Haye, incarna la "Grande Serbie"; Radovan Karadzic, condamné par la justice internationale à 40 ans de prison pour génocide, en fut un théoricien fanatique; Mladic en fut un implacable bras armé.

Devant le TPIY, même affaibli par la maladie, il n'a jamais regretté: il n'a fait que "défendre son pays", défendu "la justice de la cause serbe".

Aux yeux de ce militaire massif, tantôt colérique tantôt jovial, "les frontières ont toujours été tracées avec du sang et les États délimités par des tombes".

- 'Cynique et sadique' -

En 1995, quand s'achève en Bosnie une guerre qui aura fait 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés, Ratko Mladic se retire dans son fief de Han Pijesak, base militaire à moitié enterrée de l'est du pays.

Puis il s'installe à Belgrade, protégé par l'armée. Il est aperçu taillant des rosiers, à la boulangerie, au restaurant, à un match de football. La communauté internationale réclame son extradition. Il entre en clandestinité en 2000.

Malgré la chute de Milosevic, la cavale dure onze ans. Mais ses réseaux sont affaiblis par des arrestations et la Serbie aspire à entrer dans l'Union européenne. Mladic devient un obstacle.

Aux yeux de Liljana Bulatovic, Belgrade voulait "entrer dans l'Europe en apparaissant propre, sans péchés sur la conscience", "des péchés transférés sur les Serbes de Bosnie".

Le 26 mai 2011, Mladic est cueilli chez un cousin, dans le village de Lazarevo (nord). Le président pro-européen Boris Tadic le transfère à La Haye.

Pour ses partisans, sa santé aurait dû interrompre la procédure. Mladic n'était "pas en état d'être jugé", estimait en septembre son fils Darko, dans un entretien avec l'AFP. Même si selon Liljana Bulatovic, il va mieux.

Chez les Serbes de Bosnie, sa popularité demeure: au printemps 2016, leur chef Milorad Dodik, faisait encore lire une lettre de soutien du général lors d'un meeting à Banja Luka.

Pour l'ex-présidente des Serbes de Bosnie, Biljana Plavsic, condamnée pour crimes de guerre, Mladic était "le seul homme qui pouvait sauver nos terres serbes".

Ex-officier yougoslave, le colonel Gajo Petkovic, décrivait lui un homme "cynique et sadique", mené "par la fureur et la brutalité". C'était dès 1994. L'année du suicide à Belgrade de sa fille, Ana Mladic. Un an avant Srebrenica.

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