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02/12/2016 18:02 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Jammeh reconnaît sa défaite face à Barrow, qui salue "une nouvelle Gambie"

Adama Barrow, vainqueur déclaré de l'élection présidentielle gambienne, a salué vendredi l'avènement d'"une nouvelle Gambie", après 22 ans de pouvoir de Yahya Jammeh qui a reconnu sa défaite et félicité son adversaire, lui souhaitant bon vent.

Selon les résultats du scrutin de jeudi publiés par la commission électorale, Yahya Jammeh s'est classé deuxième avec 36,6% des voix derrière Barrow, crédité de 45,5% des suffrages. Le troisième et dernier candidat en lice, Mama Kandeh, a drainé 17,8% des voix. La participation avoisinait les 65%.

"Je déclare Adama Barrow légalement élu pour servir comme président de la République de Gambie", a proclamé le président de la Commission électorale Alieu Momar Njie devant la presse, appelant "à respecter la paix".

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, Yahya Jammeh avait été élu une première fois en 1996, puis largement réélu tous les cinq ans depuis.

Il s'était dit certain d'une nouvelle victoire à la présidentielle de jeudi, et ses détracteurs lui prêtaient l'intention de n'accepter aucune autre issue. A la surprise générale, il a reconnu sa défaite dans une déclaration télévisée vendredi soir.

"Vous, Gambiens, avez décidé que je devais être en retrait, vous avez voté pour quelqu'un pour diriger le pays, (...) je vous souhaite le meilleur", a affirmé M. Jammeh, filmé en boubou blanc devant un bureau.

- 'Temps de se mettre au travail' -

Devant la caméra, celui qui avait affirmé qu'il gouvernerait "un milliard d'années si Dieu le veut" a ensuite téléphoné à son tombeur et l'a félicité. "Vous êtes le président élu de Gambie et je vous souhaite le meilleur", a-t-il ajouté, en assurant que cette élection avait été "la plus transparente du monde entier".

Quelques heures auparavant, Adama Barrow avait salué les derniers développements dans son pays, dans un entretien avec l'AFP à Kololi (environ 30 km de Banjul).

"Le message pour les populations gambiennes: il est temps de se mettre au travail. C'est une nouvelle Gambie, une nouvelle attitude, pour le changement et le développement de notre pays", a poursuivi Barrow, un homme d'affaires encore inconnu sur la scène politique il y a six mois.

Vendredi, de nombreux Gambiens ont salué sa victoire dans les rues à travers Banjul, sans intervention des forces de sécurité qui étaient déployées depuis tôt vendredi matin. Des jeunes ont pourtant été vus déchirant ou piétinant des banderoles et affiches à l'effigie de Jammeh.

- 'Un jour d'émancipation' -

A Westfield, un quartier de la périphérie de la capitale, des jeunes s'entassaient sur les toits des voitures, multipliant les +selfies+ et grattant leurs guitares, en brandissant les drapeau de couleur grise de l'opposition.

"C'est un jour incroyable, un jour d'émancipation pour les Gambiens. Après 22 ans d'arrestations illégales", s'est félicitée Maya Darboe, épouse d'Ousainou Darboe, le chef de l'opposition, emprisonné pour trois ans en juillet pour avoir participé à une manifestation.

Le réseau internet et les communications téléphoniques internationales, qui avaient été coupés depuis mercredi soir afin d'empêcher la diffusion de résultats non officiels, ont été rétablis vendredi, a-t-on constaté.

Quelque 890.000 électeurs, sur près de 2 millions d'habitants de ce pays enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique, étaient appelés jeudi aux urnes pour départager Yahya Jammeh, Adama Barrow et Mama Kandeh, tous âgés de 51 ans et nés en 1965, année de l'indépendance.

Dans une déclaration commune vendredi soir, la Commission économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union africaine et l'ONU "félicitent le peuple gambien pour l'élection présidentielle pacifique, libre, juste et transparente".

- 1,25 dollar par jour -

Elles saluent également "Yahya Jammeh pour avoir gracieusement reconnu sa défaite", selon ce texte publié par la Cédéao.

Quelques heures après sa déclaration télévisée, les Etats-Unis ont également salué le respect par Jammeh de "la volonté du peuple". Auparavant, le porte-parole de la diplomatie américaine John Kirby avait rendu hommage aux Gambiens "pour leur engagement envers un processus démocratique pacifique et la primauté du droit.

Human Rights Watch (HRW) a aussi complimenté "le déroulement du scrutin sans violence ni ingérence politique manifeste".

Selon des analystes et l'opposition, c'était la première fois que le régime de Jammeh, qui a survécu à de nombreuses tentatives de coup d'Etat, était sérieusement menacé par un scrutin, au terme d'une campagne marquée par l'expression d'un pluralisme inhabituel.

Malgré la répression, la parole s'était libérée depuis des manifestations en avril pour réclamer des réformes politiques, puis pour dénoncer la mort en détention d'un opposant et la condamnation en juillet à trois ans de prison d'une trentaine de participants à ces rassemblements.

En Gambie, 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté et un tiers vit avec moins de 1,25 dollar (1,20 euro) par jour, selon l'ONU.

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