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02/12/2016 11:03 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

France: la grippe aviaire est revenue, un coup dur pour la filière foie gras

Les producteurs de foie gras français ne pourront pas reprendre les exportations hors d'Europe avant les fêtes de fin d'année, après la découverte de plusieurs foyers de grippe aviaire dans des élevages de canards, un nouveau coup dur pour la filière.

Les autorités françaises ont révélé vendredi qu'un foyer du virus de type H5N8, "hautement pathogène" pour les oiseaux, avait été détecté dans un élevage de canards du Tarn, dans le Sud-Ouest, haut lieu de production de foie gras.

Elles ont ensuite annoncé que des cas avérés ou des suspicions de cas touchaient d'autres départements proches où des canards tarnais, du même fournisseur, avaient été transportés (Gers, Hautes-Pyrénées, Lot-et-Garonne).

Résultat, la France ne pourra pas "recouvrer le 3 décembre, comme envisagé, son statut [de pays] indemne d'influenza aviaire", selon le ministère de l'Agriculture.

Or ce statut, perdu il y a un an à la suite d'un précédent épisode de grippe aviaire, est indispensable pour pouvoir exporter volailles et foie gras hors de l'Union européenne (UE).

La France, premier producteur de foie gras au monde, a exporté l'an dernier 5.000 tonnes de cette spécialité culinaire, près d'un quart de sa production totale.

Hors d'Europe, son premier marché est le Japon et les exportations vers cette destination ont généré environ 17 millions d'euros.

C'est la forte mortalité des canards dans une exploitation du Tarn qui a mis la puce à l'oreille des services sanitaires. Après des analyses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation française (Anses) a confirmé jeudi la présence d'un "premier foyer d'influenza aviaire hautement pathogène H5N8".

Quelque 7.000 canards ont été abattus, 4.500 sont morts de maladie dans ce département, selon les autorités, mais le virus s'était propagé dans les départements du Gers, avec trois élevages touchés, des Hautes-Pyrénées (vers la frontière avec l'Espagne) et du Lot-et-Garonne, dans le sud de la France.

Le représentant de l'Etat dans le Gers a néanmoins assuré que, dans ce département, les cas étaient "dans des foyers confinés" permettant de les contenir. Quelque 690 canards y ont déjà été abattus et 3.200 le seront samedi. Mille autres l'ont été dans les Hautes-Pyrénées où un cas a été décelé, 2.000 dans le Lot-et-Garonne.

Il faut à présent attendre au moins trois mois pour espérer pouvoir récupérer le statut de pays "indemne d'influenza aviaire", alors que les fêtes de Noël et de Nouvel An sont une période cruciale pour les éleveurs de volailles de prestige et autres producteurs de foie gras.

- virus très dangereux -

"L'objectif est de stopper impérativement la diffusion du virus. D'autres animaux pourront être euthanasiés, y compris à titre préventif s'il y a suspicion", a fait savoir le représentant de l'État dans le Tarn, Jean-Michel Mougard, lors d'une conférence de presse.

"Ce virus pathogène est extrêmement dangereux car la mortalité intervient rapidement. C'est la première fois que l'on constate ce degré de virulence", a-t-il averti.

Aucun cas humain lié à ce virus n'a été signalé dans le monde à ce jour, selon les autorités françaises.

Le virus avait déjà été détecté le 26 novembre dans le Pas-de-Calais (nord) sur des canards sauvages.

Pour expliquer la résurgence de cette maladie, le ministère de l'Agriculture rappelle que de nombreux cas ont été déclarés en Europe ces dernières semaines et que "le rôle des oiseaux migrateurs apparaît prépondérant dans (sa) diffusion".

La France avait perdu le statut de zone indemne de la grippe aviaire à la suite d'une épizootie en novembre 2015 et espérait le récupérer en fin de semaine.

A l'époque, la réapparition, pour la première fois depuis 2007, d'un cas de H5N1, autre souche du virus de la grippe aviaire, dans un élevage de Dordogne, avait sonné le glas de tous les canards du Sud-Ouest.

Obligés d'abattre leurs animaux et d'interrompre leur activité pendant plusieurs semaines, les industriels et les éleveurs ont dû faire l'impasse sur un quart de leur production en 2016 et subi 270 millions d'euros de pertes pour un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros.

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