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02/12/2016 09:50 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Donald Trump en guerre contre les délocalisations, mais comment?

La menace du président élu Donald Trump de punir les entreprises américaines délocalisant des usines à l'étranger risque de générer une fracture avec les milieux économiques car de nombreuses sociétés n'entendent pas céder.

"Les entreprises ne vont pas continuer à quitter les Etats-Unis sans qu'il y ait des conséquences. C'est fini ça. C'est fini", a lancé M. Trump, lors d'une visite jeudi d'une usine du fabricant de climatiseurs Carrier dans l'Indiana, dont il affirme avoir sauvé plus de 1.000 emplois en empêchant un transfert d'activité vers le Mexique.

Le promoteur immobilier n'a pas fourni de détails sur la façon dont il compte s'y prendre mais il dispose de moyens de pression sur les entreprises lorgnant les contrats publics notamment ceux du gouvernement fédéral.

La défense, les travaux publics et les services sont les secteurs les plus exposés. "Une entreprise comme Boeing sera forcée de jouer le jeu si elle veut voir ses contrats renouvelés", indique à l'AFP un expert sous couvert d'anonymat.

En échange, M. Trump a promis une baisse de la fiscalité et un démantèlement des régulations. Seul hic, ce sont les Etats et non le gouvernement fédéral qui octroient les aides fiscales les plus importantes, fait remarquer le même expert.

- Les PDG 'écoutent' -

"Les PDG écoutent pour déterminer quel va être l'impact de tout ceci sur leurs activités. Beaucoup de projets de délocalisations d'activités sont déjà en route", indique à l'AFP Hal Sirkin, expert au cabinet Boston Consulting Group.

En attendant des détails sur ce plan anti-délocalisations, plusieurs entreprises ont décidé de maintenir leurs projets de transfert de la production au Mexique, en Chine ou ailleurs, pays où le coût de la main d'oeuvre est souvent deux à trois fois inférieur à celui aux Etats-Unis.

"Nous continuons à mettre à exécution notre projet suivant le calendrier arrêté", assure à l'AFP Matt Lavoie, un porte-parole de Caterpillar.

Le fabricant d'engins de chantier veut fermer son usine de Joliet (Illinois, nord), spécialisée dans la fabrication de matériels (pompes et valves de contrôle de l'air) utilisés dans l'extraction du pétrole et du gaz. La production sera transférée au Mexique, ce qui va entraîner la suppression de 230 emplois.

"Nous n'avons eu aucun contact avec la nouvelle administration", indique à l'AFP Laurie Guzzinati, une porte-parole de Mondelez. Ce fabricant des chocolats Milka et Côte d'or, qui transfère à l'étranger la production d'un site américain de production des biscuits Oreo, explique que les mêmes produits vont continuer à être fabriqués dans trois usines américaines.

- 'Rien de précis' -

Non loin du lieu où Donald Trump a célébré sa victoire sur Carrier, trois entreprises -- le conglomérat industriel Rexnord, le fabricant de composants électroniques CTS Corp et l'équipementier de cuisine Manitowoc Foodservice -- continuent, elles, à ficeler leurs projets de transfert d'activités d'Indianapolis vers l'étranger.

"Il n'y avait rien de précis dans le discours (de M. Trump) hier (jeudi) qui nous conduise à réexaminer notre décision", indique à l'AFP Rich Sheffer, trésorier de Manitowoc. Le groupe va fermer comme prévu son usine de fabrication de distributeurs automatiques de sodas au premier trimestre 2017. L'activité sera transférée à Tijuana au Mexique ainsi que 76 des 87 emplois concernés.

Mais le sénateur démocrate Bernie Sanders estime qu'après l'accord conclu avec Carrier, les entreprises pourront "menacer de délocaliser les emplois à l'étranger, le faire et obtenir une baisse d'impôt".

Les organisations syndicales sont divisées. Le puissant syndicat de l'automobile UAW, qui appelle à renégocier l'accord de libre-échange Alena conclu entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, apporte son soutien à Donald Trump.

"Nous devons saisir cette occasion pour faire passer une pub disant: +si ce n'est pas fabriqué aux Etats-Unis, n'achetez pas+", indique Dennis Williams, le président.

A l'inverse, Scott Paul, de l'Alliance pour l'industrie manufacturière (entreprises et syndicats), estime que "ce n'est pas une politique de création d'emplois efficace".

Des économistes font valoir que M. Trump aura du mal à sauver les milliers d'emplois industriels appelés à être délocalisés - 14.000 prévus cette année -, tant les entreprises sont à la quête d'économies pour doper leurs bénéfices.

Les statistiques de l'emploi publiées vendredi ont montré que même si le taux de chômage est tombé à 4,6%, 4.000 emplois ont disparu dans le secteur manufacturier en novembre.

lo/jld/are

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