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02/12/2016 11:59 EST | Actualisé 03/12/2017 00:12 EST

Cuba: dans les campagnes, le bilan contrasté de la révolution de Fidel Castro

Les paysages verdoyants et montagneux sillonnés cette semaine par le convoi transportant les cendres de Fidel Castro dévoilent un Cuba qui semble arrêté dans le temps: labour à boeufs, chevaux en guise de véhicules et magasins chichement garnis.

Après la mort de Fidel Castro, il n'est nullement question d'abandonner le socialisme, mais les jeunes des campagnes comme Angel Mora, électronicien de 27 ans, voudraient bien en finir avec un quotidien difficile.

Alors que l'Union soviétique montrait les premiers signes d'une fin inéluctable en 1989, Fidel Castro promettait, lors d'un discours dans la province de Camagüey (sud-est), nombril de la production sucrière et bovine du pays, que Cuba et la révolution "continueraient à lutter et à résister".

Cette année-là, Angel Mora venait au monde. A l'époque, la révolution généralisait l'accès à la santé et à l'éducation, dans un Cuba débarrassé de sa criminalité... et de ses opposants. Deux ans plus tard, le bloc soviétique s'effondrait, et disparaissaient avec lui les généreuses subsides de Moscou.

Cette situation, combinée aux effets de l'embargo américain, a plongé le pays dans la crise et les pénuries. Le socialisme a survécu, mais deux millions de Cubains ont pris le chemin de l'exode, alors que les infrastructures et le tissu industriel se détérioraient lentement.

Pour sortir du marasme, Fidel Castro a ouvert le pays au tourisme et introduit un système de double monnaie qui provoque des distorsions et met en péril l'idéal égalitaire socialiste. Désormais, une minorité dépense ses pesos convertibles ("CUC"), qui équivalent aux dollars, tandis que la majorité jongle au quotidien avec des pesos cette fois ci non convertibles ("CUP") au pouvoir d'achat beaucoup plus réduit.

- 'Améliorer l'économie' -

"Tous parlent du legs de Fidel, mais pour défendre ce legs, il faut améliorer l'économie", plaide Angel, installé torse nu sur le pas de sa modeste maison des environs de Camagüey, capitale de la province éponyme.

Depuis qu'il a remplacé son frère aîné en 2006, Raul Castro a entamé une lente et prudente ouverture de l'économie à l'initiative et à l'investissement privés dont l'économie est contrôlée à 80% par l'Etat.

"Les autorités craignent qu'une profonde réforme du marché érode le contrôle de l'Etat sur l'économie et génère une classe sociale qui, en s'enrichissant, puisse être en mesure de rétablir le capitalisme", résume pour l'AFP Mauricio Miranda, économiste cubain de l'Université Javeriana de Colombie.

Raul Castro, qui a promis de céder les rênes à une nouvelle génération de dirigeants en 2018, a opéré un spectaculaire rapprochement avec l'ennemi américain mais fait face ces derniers mois à une conjoncture peu favorable.

En plus de la chute des cours du nickel, sa principale ressource naturelle, l'île affiche "un déficit de la production sucrière et une croissance de la production agricole et industrielle trop faible", explique M. Miranda.

En outre, son principal appui, le Venezuela, se trouve déstabilisé par une crise économico-politique et a dû réduire de 40% ses livraisons de pétrole à son allié.

- Sens de la débrouille -

Angel Mora ne se soucie pas vraiment du futur du socialisme cubain. Il se contenterait d'un bon salaire et souhaite pouvoir trouver du lait frais - un comble dans une province d'élevage - et se rendre à son travail sans difficulté.

Il y a peu, lassé des sempiternels problèmes de transport, Angel a abandonné son emploi dans une entreprise d'Etat. Depuis, il "resuelve" ("résoud"), comme disent les Cubains pour qualifier leur proverbial sens de la débrouille, et parvient à peine à vivoter avec sa femme et ses filles de 3 et 8 ans.

Angel salue les récentes mesures prises par l'Etat pour geler les prix de certains biens de première nécessité, mais il juge que "la nourriture reste chère" pour une population qui gagne en moyenne l'équivalent de 30 dollars mensuels.

Dans un récent article, Juan Triana, du Centre d'études de l'économie cubaine, explique que la récente hausse des prix des produits alimentaires (importés à 80% sur l'île, ndlr) résultent indirectement des réformes de Raul Castro.

La croissance du tourisme, conjugué à l'essor d'une nouvelle classe - minoritaire - aux revenus confortables et à l'ouverture de nombreux restaurants privés, favorise l'inflation.

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