POLITIQUE
30/11/2016 06:25 EST | Actualisé 01/12/2016 06:32 EST

Guichet d'accès: Les médecins de famille préfèrent les jeunes patients

USA, New Jersey, Jersey City, Check up visit in doctor's office
Tetra Images via Getty Images
USA, New Jersey, Jersey City, Check up visit in doctor's office

QUÉBEC – L’âge moyen des patients pris en charge par les médecins de famille pour éviter l’application de la loi 20 est de 34 ans. À cet âge, on est généralement en bonne santé, souligne le PQ.

En juin 2015, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a conclu une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) obligeant ses membres à prendre en charge 85% de la population avant le 31 décembre 2017. Sinon, la loi 20 s’appliquera et imposera des quotas aux omnipraticiens.

Dans une réponse écrite à une question du PQ déposée en chambre mardi, le ministre Barrette affirme que l’âge moyen des 289 605 personnes inscrites à un médecin de famille entre le 1er juin 2015 et le 23 septembre 2016 est de 34 ans.

Pourtant, l’âge moyen des 492 145 personnes inscrites au guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) est de 42 ans, affirme le même document. Autrement dit, ceux qui souhaitent obtenir les services d’un médecin sont en moyenne plus âgés que ceux qui sont pris en charge depuis le début de l’application de l’entente avec la FMOQ.

Dans les deux cas, l’âge médian est le même que l'âge moyen, soit 34 ans et 42 ans.

Pour la critique péquiste en matière de Santé, le constat est clair. «On sait que les mesures de contrainte que le ministre impose font en sorte que les médecins ont plus tendance à choisir certains patients qui vont avoir moins de chances d’aller à l’urgence de l’hôpital, affirme Diane Lamarre. Parce que les gens qui vont à l’hôpital vont diminuer la note de bulletin du médecin.»

«Il y a un dé-incitatif pour les médecins à prendre des patients qui sont plus âgés ou plus vulnérables», estime-t-elle.

En effet, les médecins de famille doivent non seulement inscrire 500 patients à leur charge, mais ceux-ci doivent également démontrer un taux d’assiduité de 80%. Si le patient se rend à l’hôpital plutôt qu’en clinique, le taux d’assiduité du médecin diminue.

Un médecin qui échouerait à respecter l’entente pourrait voir sa rémunération amputée jusqu’à 30%.

Un ou deux cas

Cette interprétation des données est rejetée en bloc, tant par le ministre de la Santé que par la FMOQ.

«Il faut prendre en considération le fait que les gens de 65 ans et plus sont déjà inscrits à plus de 90%», rappelle Gaétan Barrette. Entre 50 ans à 59 ans, 75% de la population est inscrite, ajoute-t-il.

«Donc, quand le guichet d’accès envoie des patients potentiels, ils sont nécessairement plus jeunes», lance le ministre Barrette.

Par contre, il ne peut expliquer pourquoi les patients pris en charge sont plus jeunes que la moyenne des gens inscrits au GAMF. «Je n’ai pas, à cette étape-ci, d’explication», dit-il, tout en soulignant qu’un patient de 42 ans ne constitue pas une tâche plus lourde que celui de 34 ans.

«S’il advenait qu’on constatait qu’il y avait cette tendance-là, on interviendrait c’est sûr», dit Gaétan Barrette.

Seulement un ou deux cas ont été constatés au Québec, selon le ministre. «On a vu un ou deux médecins qui, clairement, avaient une tendance à faire de la sélection, mais on n’a pas vu une tendance généralisée», dit-il. La situation a été corrigée, assure-t-il, sans pouvoir donner de précisions.

À la FMOQ, on note qu’il n’y a «pas une différence énorme» entre l’âge moyen des patients en attente et ceux inscrits auprès d’un médecin.

«Diane Lamarre, ça fait des semaines et des mois qu’elle répète cette insinuation-là, que les médecins ne prendraient que des patients en santé, ce qui est faux», tranche le porte-parole de la fédération, Jean-Pierre Dion.

Il souligne que les médecins reçoivent des groupes de patients de la part du guichet d’accès. «Ils en reçoivent dix à la fois, qui sont souvent un mélange de patients d’âges [divers] et de types vulnérable ou non vulnérable», dit Jean-Pierre Dion.

Toutefois, la FMOQ n’a pas prévu de mécanismes pour sanctionner les médecins qui choisiraient majoritairement des jeunes patients. «On n’est pas à Cuba ou en Union soviétique, lance son porte-parole. On ne peut pas tout contrôler à partir d’un régime central. Je pense qu’il faut faire confiance aux médecins sur le terrain.»