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Quand des soldats prennent le contrôle des Panthers de la Floride

BILLET - Qu'arrive-t-il quand un groupe d'anciens militaires prend le contrôle d'une équipe de hockey? Pour l'instant, la seule réponse disponible se trouve du côté des Panthers de la Floride. Et c'est plutôt distrayant.

Dimanche soir, après avoir vu son équipe encaisser un revers de 3 à 2 en Caroline aux mains des Hurricanes, le propriétaire des Panthers de la Floride, Vincent Viola, a lui-même pris le téléphone pour annoncer à l’entraîneur Gerard Gallant qu’il était congédié, ainsi que son adjoint Mike Kelly.

Dans les minutes suivantes, on a assisté à une scène à la fois inusitée et rocambolesque. Gallant et Kelly ont été invités à sortir tous leurs bagages de l’autobus de l’équipe. Puis on les a abandonnés au bord du chemin, où ils ont été photographiés alors qu’ils attendaient qu’un taxi vienne les cueillir.

Même si Vincent Viola est diplômé de la prestigieuse Académie militaire de West Point, le passage du code d’honneur militaire stipulant « Je ne laisserai jamais derrière un camarade tombé au combat » ne semble pas s’appliquer à son équipe de hockey. Ni, d’ailleurs, le code d’honneur qui prévaut dans la société en général, et qui requiert qu’on fasse les choses avec un minimum de classe.

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Après d’interminables années de gênante misère, les Panthers de la Floride ont bouclé la dernière saison avec une récolte de 47 victoires et de 103 points. Depuis sa fondation en 1993, jamais cette concession n’avait obtenu autant de succès.

Après une telle saison, sachant que la stabilité constitue le premier facteur de succès dans le monde du sport, n’importe qui aurait eu le réflexe de préserver les acquis, de protéger les piliers de l’organisation et d’ajouter les rares pièces manquantes pour aspirer à la conquête de la Coupe Stanley.

En lieu et place, Vincent Viola et ses sbires se sont lancés dans une opération de démolition/reconstruction comme on en voit rarement, même chez les équipes bouclant le calendrier à la queue du classement.

- Dès que la saison a pris fin, l’un des principaux architectes des Panthers, le recruteur en chef Scott Luce, a été viré manu militari. Plusieurs autres recruteurs ont aussi été remerciés.

- Et peu de temps après, c’est le directeur général Dale Tallon, qui avait ramassé cette organisation au plancher quatre ans auparavant (avant l’arrivée de Vincent Viola) qu’on a éjecté vers le haut en le nommant président. Le titre de directeur général a alors été confié à Tom Rowe, un entraîneur ayant passé sa carrière dans les ligues mineures (où il n’a pas connu de succès) et dénué de toute expérience en matière de recrutement ou de gestion d’une équipe de hockey.

- Une fois en poste, Rowe a promu deux directeurs généraux adjoints. Le premier, Steve Werier, est un avocat de Winnipeg qui supervisait de département légal des Panthers. Werier est un passionné de statistiques avancées. Le second, Eric Joyce, est un ingénieur formé à l’Académie militaire de West Point. Lui aussi est un passionné de statistiques avancées.

- Après avoir pris le contrôle des opérations, Rowe, Werier et Joyce ont embauché un professeur de mathématiques de West Point, Brian MacDonald, qui est devenu directeur du département de statistiques avancées des Panthers.

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Toutes ces nominations et cette militarisation des opérations des Panthers (le logo de l’équipe est désormais inspiré de celui de la 101ème division aéroportée de l’armée américaine, dont Vincent Viola faisait partie) sont parfaitement cohérentes avec les succès d’affaires qu’a connus leur propriétaire.

Après s'être établi dans l'univers des banques et dans le domaine boursier, Vincent Viola a fondé en 2008 Virtu Financial, une entreprise qui utilise des algorithmes extrêmement complexes pour réaliser de très grands volumes de transactions informatiques sur plus de 200 marchés et places boursières, partout sur la planète.

En l’espace d’une fraction de seconde, les algorithmes de Virtu Financial permettent de réagir aux tendances des marchés et de réaliser un nombre hallucinants de transactions. Les gains réalisés dans ces transactions à très court terme sont minimes, mais ils permettent d’amasser de véritables fortunes parce que les transactions se comptent en millions.

Malgré sa jeune histoire, Virtu Financial possède des actifs de quelque 3,5 milliards.

De toute évidence, Vincent Viola croit qu’il est possible de profiter des inefficiences du marché du hockey en se basant avant tout sur des modèles statistiques.

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Quand Gerard Gallant s’est présenté au boulot au camp d’entraînement des Panthers en septembre dernier, son environnement avait considérablement changé.

- Son directeur général (Tallon) avait été évincé du portrait, de même que son conseiller spécial Bill Torrey (l’architecte de la dynastie des Islanders de New York des années 1980).

- Quatre de ses cinq défenseurs les plus fiables (Willie Mitchell, Erik Gudbranson, Dmitri Kulikov et Brian Campbell) n’étaient plus avec l’équipe.

- Son gardien substitut, Alex Montoya (le meilleur de la LNH dans ce rôle en 2015-2016) avait été remplacé par James Reimer.

- Une quinzaine de nouveaux joueurs, la moitié ayant partagé leur temps entre la Ligue américaine et la LNH, ont été greffés à la formation.

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En l’espace de quelques mois, les Panthers se sont auto-décapités de leurs trois plus importants hommes de hockey en plus de virer leur alignement à l’envers.

En 99 ans d’histoire, jamais une organisation n’a procédé à des changements aussi nombreux et drastiques après une récolte de 103 points et, surtout, après avoir connu une saison record.

Malgré cette affolante instabilité, et malgré la perte de trois de ses six meilleurs attaquants (Jonathan Huberdeau, Jussi Jokinen et Nick Bjugstad) en raison de blessures, ce diable de Gerard Gallant était parvenu à maintenir une fiche gagnante de 11-10-1 au cours du premier quart de la saison. Il avait fait encore mieux qu’à pareille date la saison dernière!

Mais voilà, l’ex-entraîneur adjoint du Canadien refusait de se faire dicter sa façon de diriger (ou les stratégies à adopter) par des soldats de West Point qui ont une connaissance fort limitée du hockey.

« Ce qui se passe en Floride est épouvantable. Mais sachez que ce genre de guerre philosophique existe dans toutes les organisations de la LNH », confiait hier le directeur du personnel d’une équipe de la conférence de l’Ouest.

« Les propriétaires embauchent des spécialistes des statistiques avancées parce que c’est une tendance à la mode. Mais le problème, c’est que ces statisticiens ont pour la plupart des connaissances extrêmement faibles en matière de hockey. Or, il faut être capable de tempérer ce qui se passe sur la patinoire par rapport à ce que disent les chiffres. Si une organisation donne à ses statisticiens un pouvoir décisionnel en matière de hockey, elle court tout droit à la catastrophe. »

Au son des tambours, cette marche vers le précipice semble bel et bien entamée à Miami. Mais il n’existe probablement pas d’algorithme capable de déclencher le signal d’alarme.

Le propriétaire des Golden Knights de Las Vegas, Bill Foley (un autre diplômé de l’Académie militaire de West Point), s’est entouré d’hommes de hockey « conventionnels » pour assurer le démarrage de son équipe de l’expansion. Il prend sans doute des notes en observant ce qui se passe en Floride.

En fait, tout le monde s'intéressera de près à ce qui se passera chez les Panthers d'ici la fin de la saison. Si jamais cet incroyable coup d'État fonctionne (ce qui relève de la science-fiction en ce moment), une nouvelle cohorte de professeurs de mathématiques risque de débarquer dans la LNH à compter de 2017.

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