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28/11/2016 10:46 EST | Actualisé 29/11/2017 00:12 EST

Plus de 60 morts dans l'ouest de l'Ouganda: un roi a voulu mener "une guerre", assure Kampala

Le roi du Rwenzururu, un souverain local ougandais dont les gardes ont affronté les forces de sécurité lors de combats ayant fait au moins 62 morts, a voulu mener "une guerre contre le gouvernement", a soutenu lundi le ministre ougandais de l'Intérieur.

Ces combats avaient éclaté samedi dans la ville de Kasese (ouest) et pris fin lorsque la police a pris d'assaut dimanche le palais du roi Charles Wesley Mumbere, interpellé et transféré dans une prison de haute sécurité à Jinja (est). Les gardes royaux sont accusés par la police d'être liés à des militants séparatistes.

"D'après ce que nous avons retrouvé dans le palais, les armes utilisées et les personnes (mobilisées), nous pouvons clairement déduire que le roi voulait mener une guerre contre le gouvernement", a déclaré à l'AFP le ministre ougandais de l'Intérieur, Jeje Odongo.

Lundi, le porte-parole de la police, Andrew Felix Kaweesi, a indiqué que les combats avaient fait a moins 62 morts : 16 dans les rangs des forces de sécurité et 46 parmi les gardes royaux. Le précédent bilan était de 55 morts.

M. Odongo a ajouté que 139 gardes avaient été arrêtés.

La police dit avoir été attaquée samedi par des gardes royaux, qu'elle accuse de faire partie d'une milice liée à un mouvement prônant la création d'une "république de Yiira" sur la zone frontalière entre l'ouest de l'Ouganda et une partie du Nord-Kivu, en RD Congo.

Selon le général Peter Elwelu, interrogé par la chaîne de télévision NTV, cette milice mène depuis 2014 des attaques sporadiques contre le gouvernement et des civils.

Il assure que le président ougandais Yoweri Museveni a téléphoné deux fois dimanche matin au roi Mumbere pour lui demander de disperser ses gardes, en vain.

Le roi nie tout lien avec la milice séparatiste.

La journaliste ougandaise Joy Doreen Biira, originaire de cette région et qui couvrait les combats, a par ailleurs été interpellée à Kasese dans la nuit de dimanche à lundi. Inculpée de "complicité de terrorisme", elle a été libérée sous caution lundi.

- Des dizaines de corps empilés -

L'opposant historique ougandais Kizza Besigye a de son côté partagé sur Twitter des images montrant ce qu'il affirme être des dizaines de corps empilés devant la palais royal, et dénoncé un "massacre".

"Nous ne savons pas encore tout ce qui s'est passé ce week-end, mais il semble y avoir des exemples choquants de tueries extra-judiciaires et de dédain total pour les droits humains lors des arrestations", a indiqué l'ONG Amnesty International dans un communiqué. "Beaucoup de gens semblent avoir été sommairement tués et leurs corps jetés".

Relevant des incertitudes planant selon elle sur le bilan réel des combats, Human Rights Watch a de son côté appelé à enquêter sur les crimes potentiellement commis par les deux camps.

Le royaume Rwenzururu est une monarchie traditionnelle, près des monts Rwenzori, à cheval sur la frontière entre l'Ouganda et la RD Congo, dont les membres sont de l'ethnie bakonzo, présente dans les deux pays.

La monarchie s'est transformée en mouvement séparatiste lorsque les Bakonzo ont proclamé leur royaume en 1962. Les troubles ont pris fin en 1982 avec le dépôt des armes par les militants séparatistes en échange d'une autonomie locale.

Yoweri Museveni a officiellement reconnu le royaume en 2009, mais le conflit ethnique et politique a continué, nourri d'un sentiment de déclassement des populations locales.

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