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28/11/2016 10:53 EST | Actualisé 29/11/2017 00:12 EST

Cuba: Trump menace de mettre fin au dégel, la Maison Blanche défend le rapprochement

Le président élu des Etats-Unis Donald Trump a pour la première fois lundi menacé de mettre fin au dégel avec Cuba, mais la Maison Blanche, encore aux mains de Barack Obama, a défendu avec force le rapprochement historique avec l'île communiste.

Dans un tweet laconique, le futur 45e président américain a prévenu qu'il pourrait faire machine arrière sur l'avancée diplomatique majeure de son prédécesseur, si La Havane n'offrait pas plus de contreparties sur les droits de l'homme ou l'économie de marché.

"Si Cuba ne veut pas sceller un meilleur accord pour le peuple cubain, le peuple américano-cubain et les Etats-Unis dans leur ensemble, je mettrai fin à l'accord" d'ouverture entre Washington et La Havane, a averti Donald Trump sur Twitter.

Cette mise en garde de l'homme d'affaires survient trois jours après la mort de Fidel Castro et au lendemain du week-end de Thanksgiving où l'équipe Trump a savamment entretenu le flou sur la poursuite de la politique d'ouverture annoncée à la surprise générale le 17 décembre 2014 par le président Obama et son homologue cubain Raul Castro.

C'est la première fois que le bouillonnant milliardaire républicain menace explicitement de revenir sur cet acquis diplomatique de l'administration démocrate, qui cèdera le pouvoir le 20 janvier.

La Maison Blanche a d'ailleurs vanté lundi un rapprochement "bénéfique pour le peuple cubain et (...) bénéfique pour le peuple américain".

- 'Pas aussi simple qu'un tweet' -

"Ce n'est pas aussi simple qu'un tweet peut le laisser penser", a taclé son porte-parole Josh Earnest.

D'ailleurs, juste après cette énième sortie sur Twitter du prochain président Trump, son directeur de la communication Jason Miller a tenté d'arrondir les angles.

"Cuba est vraiment un sujet compliqué et le président élu a conscience des nuances et des complexités de la situation à laquelle sont confrontés l'île et le peuple de Cuba", a-t-il expliqué. Il a souligné que Donald Trump "voulait que Cuba et les Cubains soient libres et voulait un bon accord qui ne prenne pas les Américains pour des imbéciles".

M. Miller a rappelé que les "priorités" de la prochaine administration étaient "la libération des prisonniers politiques (...) et la liberté politique et religieuse pour tous les Cubains vivant sous répression".

Les républicains pensent que l'administration démocrate sortante a fait trop de concessions aux castristes en n'obtenant "rien en retour" de La Havane sur "l'ouverture des marchés, la liberté religieuse, les prisonniers politiques".

Tout le week-end, le camp Trump avait réclamé "un meilleur accord" que le simple rétablissement des relations diplomatiques à l'été 2015 et des allègements à l'embargo économique américain de 1962 dans les transports, les télécommunications et le commerce.

- Le 'tyran Castro' -

Malgré sa menace inédite et explicite, Donald Trump laisse donc la porte ouverte à la poursuite du dégel amorcé par son prédécesseur.

En revanche, l'équipe Trump a tapé tout le week-end à bras raccourci contre le "tyran Castro", mort vendredi soir à l'âge de 90 ans. Le prochain président des Etats-Unis a lui-même traité le père de la Révolution cubaine de "dictateur brutal qui a opprimé son peuple".

Des propos qui tranchent avec le communiqué de condoléances samedi de Barack Obama qualifiant Fidel Castro de "figure singulière" dont "l'Histoire jugera de l'impact énorme".

La Maison Blanche a indiqué lundi que "ni le président (Obama) ni le vice-président (Joe Biden)" ne se rendront à Cuba pour les funérailles du "Lider Maximo".

Le rapprochement avec Cuba est à inscrire au chapitre de la politique de la main tendue de l'Amérique d'Obama à ses ennemis, une démarche constante depuis 2009 du président sortant et lauréat du prix Nobel de la paix. Il fit de même avec l'Iran.

Lors de son voyage historique à La Havane en mars, Barack Obama avait plaidé pour un processus de normalisation irréversible, tout en concédant que le "changement ne se ferait pas du jour au lendemain". Son successeur Donald Trump avait d'ailleurs au départ soutenu ce rapprochement avant de le critiquer lorsqu'il était entré en campagne pour le parti républicain.

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