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26/11/2016 07:37 EST | Actualisé 27/11/2017 00:12 EST

Le Pakistan se dote d'un nouveau chef pour sa puissante armée

Le général Qamar Javed Bajwa a été nommé samedi chef d'état-major du Pakistan, pays doté de l'arme nucléaire situé au coeur d'une région instable et dans lequel l'armée a toujours joué un rôle prépondérant.

"Le président Mamnoon Hussain, sur l'avis du Premier ministre Nawaz Sharif, a promu le lieutenant-général Qamar Javed Bajwa au rang de général et l'a nommé chef d'état-major", a annoncé à l'AFP un porte-parole de M. Sharif.

Actuellement inspecteur général chargé de la formation et de l'évaluation militaire au quartier général de l'armée à Rawalpindi, ville voisine de la capitale Islamabad, le général appartient à un régiment dont ont déjà été issus par le passé trois chefs de l'armée.

Il était souvent cité parmi les candidats possibles au poste, mais ne faisait néanmoins pas office de favori, contrairement au général Zubair Hayat, plus gradé et actuellement chargé des opérations et du renseignement militaire.

Le choix "était à la discrétion du Premier ministre et il a pris sa décision", a commenté l'analyste pakistanais Imtiaz Gul, spécialiste de questions de sécurité.

"Beaucoup de considérations entrent en jeu, et pas uniquement le grade. Cela peut apparaître un peu surprenant mais pas inattendu", a-t-il ajouté.

L'analyste Ayesha Siddiqa note pour sa part que Qamar Javed Bajwa a une réputation de discrétion.

"Ce qu'on a vu, ces trois dernières années, surtout les 18 derniers mois, c'est beaucoup de complicité (avec le général Raheel Sharif qu'il remplace). C'est un bon militaire professionnel. Il s'en tiendra à son travail et ne se mettra pas beaucoup en avant", estime-t-elle.

La cérémonie de passation de pouvoir aura lieu le 29 novembre à Rawalpindi, a déclaré un haut responsable.

Le général Bajwa succède au général Raheel Sharif, dont le mandat de trois ans s'achève le 29 novembre et que nombre de Pakistanais espéraient voir prolongé à son poste.

Beaucoup lui sont reconnaissants d'avoir orchestré une vaste offensive contre les groupes islamistes armés, qui a permis de nettement diminuer le niveau de violence dans le pays. D'autres, plus critiques, s'inquiètent des violations des droits de l'Homme commises au nom de la lutte contre le terrorisme.

- L'inconnue du Cachemire -

Plusieurs de ses prédécesseurs à ce poste, dont le général Pervez Musharraf, n'avaient pas hésité à s'emparer du pouvoir et le Pakistan a été dirigé par l'armée pendant la moitié de ses presque 70 ans d'existence.

L'armée joue un rôle d'autant plus prépondérant dans la vie politique que le pouvoir civil est souvent perçu comme étant corrompu et inefficace. Le gouvernement de Nawaz Sharif est lui-même englué depuis des mois dans des accusations de corruption et peine à se faire entendre sur les questions centrales de défense et de politique étrangère, sur lesquelles l'armée garde fermement le contrôle.

D'importants défis attendent le général Bajwa, estiment les analystes qui citent notamment la tension croissante avec l'Inde sur la question du Cachemire, la détérioration de la situation en Afghanistan, le rapprochement entre des groupes armés locaux et l'organisation Etat islamique (EI), et l'arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis.

Les spécialistes s'attendent à peu de changements dans les relations du Pakistan avec ses voisins l'Afghanistan, l'Inde et la Chine. Beaucoup pourrait dépendre de la relation avec Washington, qui verse des milliards de dollars d'aide militaire au Pakistan au titre de la lutte contre le terrorisme depuis 2002.

Le général Sharif a contribué à améliorer les relations bilatérales après la crise déclenchée par l'intervention de l'armée américaine au Pakistan pour y tuer l'ancien chef d'Al Qaïda Oussama Ben Laden.

Mais l'avenir de celles-ci s'annonce compliqué : bien que le futur gouvernement Trump n'ait rien annoncé sur le Pakistan, la rhétorique antimusulmane de la campagne républicaine, les intérêts commerciaux de Donald Trump en Inde et son apparent désir de réduire les dépenses internationales de son pays ne laissent rien augurer de bon pour le successeur du général Sharif.

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