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26/11/2016 01:09 EST | Actualisé 27/11/2017 00:12 EST

Au Mexique, une montagne abritait un lieu d'exécutions des narcos

C'est une route de montagne bordée de champs de maïs et de palmiers. Elle conduit à une montagne pittoresque qu'un cartel de drogue mexicain a transformé en sordide cimetière.

Entre mardi et jeudi, les enquêteurs y ont découverts 32 corps enterrés dans des fosses clandestines creusées entre de petits arbres et des rochers. Ils y ont aussi trouvé neuf têtes placées dans des réfrigérateurs.

La macabre découverte a été faite près du village de Pochahuizco, dans la région de Zitlala. Elle jette une lumière crue sur les violences entre cartels pour le contrôle de la drogue dans l'Etat de Guerrero, dans le sud du Mexique.

Pour les familles des nombreux disparus dans la région au cours des récentes années, cette découverte fait resurgir la crainte que leurs proches ont été tués. Une demi-douzaine de personnes se sont rendues à la morgue de Chilpancingo, vendredi, où on leur a annoncé que l'identification des victimes nécessiterait plusieurs jours.

"Je me sentais mal, je me sentais nerveuse. Je ne veux pas trouver mon mari ici. Je veux le retrouver vivant", explique à l'AFP Beatriz Zapoteco, 44 ans, en pleurs en quittant la morgue sans avoir obtenu de réponse.

Le 5 janvier, environ sept hommes armés ont fait irruption chez elle et ont enlevé son mari, Santiago Tixteco, un ancien conseiller municipal qui défendait les droits des agriculteurs locaux.

"Le jour où ils ont kidnappé mon mari c'était comme si le monde s'écroulait autour de moi", se souvient cette mère de trois enfants, qui ignore toujours qui a enlevé son mari, et pourquoi.

Selon les autorités, le cartel des Ardillos s'oppose à celui des Rojos pour le contrôle de la production de pavot à opium dans la région, et les deux gangs criminels terrorisent la population à coups de meurtres, enlèvements et extortions.

- 'Tueurs à gage' -

Les Rojos ont également affronté le cartel des Guerreros Unidos impliqués dans la disparition de 43 étudiants en septembre 2014 à Iguala.

Selon les chiffres officiels, 1.832 meurtres ont été commis au Guerrero durant les 10 premiers mois de l'année, contre 1.651 meurtres durant la même période en 2015. Plus de 1.300 personnes sont portées disparues dans cette région depuis 2007.

Selon le porte-parole pour les affaires de sécurité de l'Etat de Guerrero, Roberto Alvarez, le charnier de Zitlala aurait été utilisé depuis plusieurs années par les deux gangs, au gré du contrôle que l'un ou l'autre des cartels exerçait sur la région.

"C'est un endroit utilisé pour exécuter des membres d'un gang rival ou pour garder les personnes kidnappées", explique ce responsable à l'AFP, précisant qu'il ignore si le terrain était actuellement utilisé par le gang des Ardillos ou son rival des Rojos. "C'est un refuge pour tueurs à gage", précise Alvarez.

Le site a été découvert par des militaires après une dénonciation anonyme. Ils y ont trouvé un prisonnier toujours vivant, mains et pieds attachés, au milieu des fosses clandestines, ainsi qu'une voiture, un véhicule de sport et une moto. Mais les criminels, eux, étaient absents.

Des ordures abandonnées par le gang démontrent que les criminels ont passé du temps ici. Les fosses clandestines sont à 200 mètres de là, dissimulées par la végétation.

Alejandro Ortiz, coordonnateur de la morgue du département de la santé à Chilpancingo, indique que les restes humains sont dans différents états de décomposition.

- Crânes et justice -

Bon nombre des victimes trouvées dans les fosses ont été étranglées, étouffés, frappées violemment dans la tête ou égorgées, selon Toriz.

Des taches de sang et des douilles trouvées sur le site suggèrent que certains ont été exécutés sur la colline. Parmi eux, 29 hommes et trois femmes.

Les experts judiciaires essayent de déterminer si les neuf têtes, récemment tranchées, appartiennent aux neuf corps qui ont été jetés sur le bord d'une route près de la ville de Tixtla dimanche dernier.

Selon Jose Diaz Navarro, le président de "Siempre Vivos" (Toujours Vivants), un groupe de familles de disparus, les violences ont éclaté en 2013 après l'invasion du territoire des Rojos par les Ardillos.

Plus de 150 personnes sont ainsi portées disparues autour de la localité de Chilapa, indique Navarro.

Navarro a lui même eu deux frères, un cousin et deux amis enlevés en novembre 2014, alors qu'ils allaient travailler sur un projet de construction d'école. Trois jours plus tard, leurs corps décapités étaient retrouvés aux alentours de Chilapa.

Ce professeur a décidé de fuir le village après avoir reçu des menaces. Mais, après les meurtres de ses proches, il continue "de chercher leurs crânes et la justice" dit-il.

lth/se/prh