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25/11/2016 01:25 EST | Actualisé 26/11/2017 00:12 EST

Les Rohingyas, musulmans apatrides de Birmanie dont personne ne veut

Les musulmans rohingyas, qui sont près d'un million dans l'ouest de la Birmanie, sont confrontés à un regain de violences ces dernières semaines et ont fui par milliers au Bangladesh. Qui sont-ils?

Ceux qui parviennent à franchir la frontière malgré les patrouilles des gardes bangladais ont fait le récit des violences que leur font subir les soldats birmans: incendie de leurs villages, viols, meurtres...

Selon l'ONU, quelque 30.000 personnes ont été déplacées par les violences qui ont fait des dizaines de morts depuis octobre en Etat Rakhine.

- Qui sont-ils? -

Les Rohingyas, décrits par l'ONU comme une des minorités les plus persécutées au monde, sont des musulmans apatrides dont le groupe le plus important vit dans l'ouest de la Birmanie. Ils parlent un dialecte utilisé dans le sud-est du Bangladesh.

Un peu plus d'un million d'entre eux vivent en Birmanie, nombre d'entre eux depuis des générations, mais le pays refuse de les régulariser.

La loi birmane sur la nationalité de 1982, héritée de la junte militaire, spécifie en effet que seuls les groupes ethniques pouvant faire la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823 (soit avant la colonisation britannique) peuvent obtenir la nationalité birmane.

Cette loi les a donc laissés apatrides, même si les représentants des Rohingyas assurent qu'ils étaient là bien avant cette date.

La montée de nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l'hostilité à leur encontre. En 2012, des affrontements entre bouddhistes et musulmans avaient fait près de 200 morts, principalement musulmans.

- Que se passe-t-il dans l'ouest du pays? -

L'attaque de postes de police à la frontière avec le Bangladesh le 9 octobre par des groupes d'hommes armés a mis le feu aux poudres dans cette zone.

D'après le gouvernement birman, des centaines de musulmans, membres de la communauté rohingyas, entraînés par des talibans, seraient responsables de ces attaques. Des affirmations difficilement vérifiables.

Depuis la zone est bouclée: l'armée a lancé une grande opération qui a fait des dizaines de morts, l'aide alimentaire qui approvisionnait des dizaines de milliers d'habitants est bloquée et les journalistes étrangers ne peuvent pas se rendre sur place.

- Quelle est l'attitude d'Aung San Suu Kyi ? -

A la tête du nouveau gouvernement birman depuis fin mars, la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi s'est très peu exprimée sur cette crise, s'attirant en coulisses les critiques de la communauté internationale.

Lors d'un voyage au Japon le mois dernier, elle a toutefois promis une enquête approfondie sur les violences.

"Même s'il s'agit du test le plus significatif pour Aung San Suu Kyi, elle est restée remarquablement indifférente", estiment les chercheurs de la Queen Mary University de Londres.

Son échec à évoquer le sort des Rohingyas "est déroutant pour un public international qui continue de la voir comme une icône des droits de l'homme", estime David Mathieson de Human Rights Watch.

"Une version avancée pour expliquer son silence est sa cruelle indifférence, une autre un calcul politique... mais le plus probable est qu'elle n'a tout simplement aucun contrôle sur l'armée birmane", ajoute-t-il.

L'envoyée spéciale de l'ONU en Birmanie, Yanghee Lee, a pour sa part sévèrement critiquée l'"inacceptable" bouclage de la région.

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