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25/11/2016 02:39 EST | Actualisé 26/11/2017 00:12 EST

François Fillon, libéral et conservateur assumé, enfin dans un premier rôle

Assumant un programme économique "radical" et "ses valeurs" sur les questions sociales, l'ancien Premier ministre François Fillon s'est imposé comme le favori des électeurs de la droite française, après avoir été longtemps cantonné aux seconds rôles.

Cet homme austère, peu friand des caméras, a concédé jeudi soir avoir un seul "regret" dans la campagne de cette primaire: "ne pas avoir convaincu plus tôt".

Un aveu mâtiné d'arrogance qui, à trois jours du verdict des électeurs, résume le chemin parcouru par ce conservateur discret, à la mise classique, qui a dirigé le gouvernement de 2007 à 2012 dans l'ombre de son "hyper-président" Nicolas Sarkozy.

A 62 ans, François Fillon a créé la surprise en s'imposant largement en tête dans une primaire qui s'annonçait comme un duel entre son ancien "patron" et l'ancien Premier ministre Alain Juppé, 71 ans.

La riposte n'a pas tardé. Dans un entre-deux-tours tendu, il a été attaqué sur tous les fronts par son rival -- sur sa conception "extrêmement traditionaliste" de la société ou la "brutalité" de son programme "ultra-libéral".

Cet homme qui se dit "inénervable" a gardé "le cap" et la "tête froide". "Je ne m'excuse pas d'avoir des valeurs", a-t-il lancé. "Je suis gaulliste, de droite, voilà tout. Il n'y a aucune raison de marcher à l'ombre."

Lui qui, en 2007, se disait déjà à la tête d'un "Etat en situation de faillite" propose une cure de choc pour le pays: suppression d'un demi-million de postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures de travail par semaine, etc. Il s'amuse du qualificatif de thatchérien qu'on lui colle "comme on peignait, au Moyen-Age, des croix sur les portes des lépreux".

Marié à une Franco-Galloise et père de cinq enfants, ce conservateur qui revendique sa foi catholique a également promis d'amender la loi ouvrant le mariage aux homosexuels sur la question de l'adoption. Il veut aussi remettre la famille "au coeur de toutes les politiques publiques".

Refusant d'être "caricaturé en conservateur moyenâgeux", François Fillon a dû préciser que, même s'il n'est pas favorable à l'avortement à titre personnel, il n'entend pas remettre en cause le droit des Françaises à y avoir recours. "Ma conscience, elle me regarde", a-t-il dit.

- Un 'grand professionnel' selon Poutine -

Après son élimination, Nicolas Sarkozy lui a apporté son soutien. Car s'ils divergent sur le style -l'un cultive une image de sérieux, de rigueur et d'honnêteté, l'autre joue sur l'énergie, parfois jusqu'à l'outrance- tous deux se situent sur le créneau de la droite autoritaire.

François Fillon refuse une vision multiculturaliste de la France. Auteur du livre "Vaincre le totalitarisme islamique", il propose de déchoir de leur nationalité les Français qui s'engagent dans les rangs jihadistes. "S'ils sont apatrides, cela ne m'empêchera pas de dormir", a-t-il lancé, indifférent au droit international.

Autre aspérité: François Fillon souhaite discuter davantage avec Moscou, estimant que son isolement conduit le Kremlin à "se durcir, à s'isoler, à actionner les réflexes nationalistes". Il veut aussi associer l'Iran aux discussions en vue de trouver une issue à la guerre en Syrie. Mais il ne veut pas pour autant renoncer à l'"alliance" de la France avec les Etats-Unis.

Le président Vladimir Poutine a loué ses qualités de "grand professionnel".

Passionné de courses automobiles, ce fils de notaire diplômé en droit public, est entré en politique en 1976, en devenant assistant parlementaire d'un député. A la mort de celui-ci, quatre ans plus tard, il reprend sa circonscription et devient, à 27 ans, le plus jeune élu de l'Assemblée nationale.

Il sera ensuite plusieurs fois réélu dans son fief rural de la Sarthe (ouest) et prend peu à peu du galon dans son parti. De 1993 à 2005, il a été de tous les gouvernements de droite, à l'Enseignement supérieur, à l'Education et aux Affaires sociales.

Quand Nicolas Sarkozy échoue à se faire réélire en 2012, il tente de prendre les rênes du parti de droite UMP, mais son rival Jean-François Copé est déclaré vainqueur sur fond d'accusations de tricherie. Il envisage un temps d'entrer en dissidence, rentre finalement dans le rang et prépare méthodiquement sa revanche.

chp/rap