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25/11/2016 09:42 EST | Actualisé 26/11/2017 00:12 EST

Des pêcheurs de homard de la N.-É. veulent empêcher la mainmise étrangère sur leur industrie

À l'aube d'une nouvelle saison qui commence lundi, les pêcheurs de homards du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse se posent des questions sur l'avenir de leur industrie. Il y a 1500 détenteurs de permis dans les zones 33 et 34 et la majorité de ces pêcheurs prendront leur retraite d'ici 10 ans. Certains se demandent à qui iront leurs permis. À la future génération, ou à des mains étrangères?

Une petite annonce dans un journal local fait réagir depuis quelques semaines. On propose aux pêcheurs qui songent à la retraite de vendre leur permis à des acheteurs étrangers.

« Je suis 100 % contre ça, je ne suis pas en faveur de ça pantoute! C'est notre industrie, c'est l'économie de nos villages, de Clare », martèle Yvon Thibault, pêcheur de homard dans la zone 34.

Les pêcheurs craignent de perdre leur indépendance.

« Quand le monde de la Chine, de l'Europe, de l'Amérique auront 50 % de nos licences, on ne sera plus indépendants », affirme le pêcheur Roger LeBlanc, qui représente une partie des pêcheurs de homard de la zone 34.

On n’a pas de problème si les Chinois veulent acheter les homards. Mais nous autres, on veut les prendre! Et on veut être en contrôle de l'industrie.

Yvon Thibault, pêcheur de la zone 34

M. Thibault a déjà vu la pêche aux poissons de fonds, aux harengs et aux pétoncles passer aux mains d'entreprises privées. Pas question, dit-il, de perdre la pêche au homard.

« Les homards, c'est la seule industrie qui nous reste, la seule industrie qui n'est pas au privé et qui n'est pas disponible à n'importe qui. »

Ils craignent également que les retombées économiques de l’industrie de la pêche quittent la région.

« Quand la pêche est bonne, tout roule ici, il y a du monde en masse qui travaille, tout roule », assure Roger LeBlanc, un pêcheur de homard.

Pourtant, les pêcheurs devraient n'avoir rien à craindre. Une politique de Pêche et Océans Canada interdit la vente de permis de pêche à des intérêts étrangers. L'acheteur doit être résident de la région.

Pêches et Océans Canada affirme avoir mis en place, le 24 juillet 2015, de nouvelles mesures qui visent à renforcer davantage l’application de la Politique sur la préservation de l’indépendance de la flottille de pêche côtière dans l’Atlantique canadien (PIFPCAC).

Une politique facile à contourner?

Selon certains pêcheurs rencontrés au quai de Meteghan, cette politique devrait être renforcée.

« C'est seulement une politique, ce n'est pas une loi. Une loi ne peut pas être cassée, mais une politique c'est plus facile. C'est drôle que le gouvernement n'ait jamais mis de loi en place », souligne Hubert Saulnier, de l’Union des pêcheurs des Maritimes.

Roger LeBlanc pense que cette politique est facile à déjouer.

« [Les acheteurs étrangers] se sont fait acheter des licences sous les noms de pêcheurs [de] par ici, et ils n'ont jamais été propriétaires de leur licence. Ils ont de l'argent en masse et arrivent par ici avec des valises pleines d'argent », témoigne-t-il.

Des permis de plus en plus chers

Les offres éventuelles d'acheteurs étrangers peuvent être alléchantes pour les pêcheurs de la Nouvelle-Écosse qui tentent d'obtenir le maximum pour leurs permis.

Un permis de pêche se vend en moyenne 750 000 $. Un montant qui décourage bien souvent les jeunes de la région.

« Ça, ce n’est pas une façon de mettre un jeune dans l'industrie. Il vient seulement de se marier, il a une hypothèque sur la maison, une auto avec des paiements, et 750 000 $ pour un permis et 550 000 $ pour un bateau. On y pense deux ou trois fois avant de faire quelque chose comme ça », souligne Hubert Saulnier.

« Le monde de par ici, les jeunes ne peuvent pas en acheter [de permis]. Le gouvernement doit faire quelque chose pour aider les jeunes à retourner dans la pêche », ajoute M. LeBlanc.

Certains aimeraient que le gouvernement fédéral aide ces jeunes, pour réussir à garder l'industrie et ses retombées économiques dans la région. Ils suggèrent même qu'Ottawa achète des permis et le revende de façon équitable aux jeunes de la relève, à des conditions avantageuses.

M. LeBlanc propose pour sa part que le gouvernement offre aussi un plan de financement aux jeunes pour l'achat d'un permis qu'ils pourraient alors rembourser pendant de nombreuses années.

« Qu'ils prennent cette licence là - s'il n’y a personne dans la famille qui la veut et que [le détenteur] veut vendre - que le gouvernement les achète, les mette dans un chapeau et qu'il fasse un tirage. Ça, c'est une bonne solution ».

Ainsi, il pense qu’il sera possible de garder l’industrie dans la région. Sinon, il craint que tôt ou tard, elle finisse par passer à des mains étrangères.