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24/11/2016 20:45 EST | Actualisé 25/11/2017 00:12 EST

Dans un Rio en faillite, on donne même du papier toilette à la police

Maria Thereza Sombra compte peut-être sur la police de Rio de Janeiro pour sa sécurité, mais en pleine crise économique, ce sont les policiers qui comptent sur cette retraitée de 82 ans pour leur fournir du papier toilette.

Présidente de l'association du quartier bourgeois de Flamengo, elle n'a pas hésité à organiser une collecte pour venir en aide au commissariat.

L'Etat de Rio, hôte des jeux Olympiques en août, est le plus affecté par la récession historique frappant le Brésil : ses hôpitaux manquent de matériel, ses fonctionnaires manifestent pour toucher leurs salaires, ses policiers n'ont parfois plus de papier pour enregistrer des plaintes ni d'essence pour patrouiller.

"Si, dans la crise actuelle que traverse Rio, la police est pieds et poings liés, que va-t-il se passer pour nous?", s'inquiète Maria Thereza.

"Nous devons aider ceux qui doivent nous défendre, sinon personne ne pourra sortir de chez soi" dans cette ville réputée pour sa dangerosité, argumente-t-elle.

L'élégante vieille dame est bien consciente que sa collecte, démarrée en avril, n'est qu'une goutte d'eau dans une crise plus profonde.

Mais, satisfaite, elle empile sur une table, à l'entrée de son immeuble, les rouleaux de papier toilette, les produits de nettoyage et les paquets de feuilles blanches apportés ces derniers jours par les habitants du quartier.

Au fur et à mesure qu'elle reçoit ces dons, elle barre les éléments sur la liste que lui transmet régulièrement la chef du 9e commissariat de Rio.

Quand ce dernier a été lui-même victime de vol, les policiers ont demandé, outre les produits de base, 12 caméras de surveillance, finalement offertes par un habitant du quartier, patron d'une entreprise de sécurité.

"Pour moi, le plus important dans ce qu'on fait, c'est quelque chose que j'ai appris enfant : aimer, respecter et être solidaire avec son prochain", sourit Maria Thereza.

- Blues post-JO -

Ce genre d'initiatives pourrait se généraliser alors que l'Etat de Rio, deuxième le plus riche et peuplé du Brésil, est en faillite : depuis début novembre, les policiers en appellent à la générosité de leurs concitoyens dans le cadre d'un programme baptisé "Ensemble avec la police".

Particuliers et entreprises sont ainsi incités à déposer du matériel de bureau, d'entretien... voire à donner de leur personne en venant effectuer des "petites réparations" dans les commissariats ou en aidant à ramasser les poubelles.

Après avoir fait couler le champagne et oublié un temps ses soucis pendant les jeux Olympiques, Rio est revenu à sa triste réalité : un Etat dépendant des recettes pétrolières mais fragilisé par la chute des cours du brut et le scandale de corruption au sein de la compagnie publique Petrobras. Cette année, son déficit devrait atteindre les 17,5 milliards de réais (5,4 milliards de dollars).

"Les jeux Olympiques ont eu leur effet, mais pas tant que ça. La crise était arrivée avant à Rio en raison de la chute des recettes fiscales, des charges salariales très élevées chez les fonctionnaires et surtout de la crise des prix du pétrole", souligne Vilma Pinto, professeure d'économie de la Fondation Getulio Vargas.

En réaction, le gouverneur conservateur de Rio, Luis Fernando Pezao, a récemment lancé un dur programme de coupes budgétaires et de hausses d'impôts, immédiatement contesté par des manifestations.

Il a aussi annoncé que la mensualité de novembre des fonctionnaires et retraités du public serait payée en sept fois, avertissant que le bonus de Noël ne serait peut-être pas versé.

Maria Thereza et ses voisins n'ont plus le choix : ils sont obligés de mettre la main à la poche pour compenser les défaillances d'un Etat ruiné.

Mais ils le font avec colère, alors qu'encore la semaine dernière, deux ex-gouverneurs de Rio ont été arrêtés pour corruption.

"Moi, en réalité, je paie deux fois mes impôts. Je paie mes taxes obligatoires et maintenant je paie aussi pour les mauvais gouvernements que nous avons eus", enrage Maria Thereza. "Mais ce n'est pas la faute de la police".

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