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25/11/2016 07:48 EST | Actualisé 26/11/2017 00:12 EST

Dans le nord-est du Nigeria, le conflit contre Boko Haram s'embourbe

Attentats-suicides à répétition, embuscades contre l'armée, pillages et tueries dans les villages du nord-est du Nigeria, Boko Haram accélère ses attaques depuis quelques semaines et la population, affamée, reste prise au piège.

Le président Muhammadu Buhari avait promis d'éradiquer le groupe jihadiste dès la fin de l'année 2015 et une force régionale a permis d'affaiblir largement sa puissance militaire. Mais un an plus tard, la situation humanitaire dans l'Etat du Borno, berceau de Boko Haram, est "désastreuse", comme l'a révélé Médecin sans frontières (MSF), et la guerre s'embourbe.

Face à la recrudescence des attentats-suicides et des assassinats de soldats ces dernières semaines, l'armée nigériane a multiplié les raids au sol et aériens. Mercredi le général de division Leo Irbor a annoncé que ses troupes avaient "libéré plus de 5.200 personnes" depuis le début de novembre.

Le chiffre, très important, donne une idée du nombre de personnes encore entre les mains de Boko Haram. Libérés, ces villageois sont ensuite conduits dans des camps protégés par l'armée où ils manquent de tout, et surtout de nourriture. Les territoires, eux, ne sont pas pour autant sécurisés.

Les Nations unies estiment que 14 millions de personnes ont besoin d'assistance humanitaire, notamment dans l'Etat du Borno, anéanti par sept ans de conflit.

Deux cents enfants âgés de moins de cinq ans pourraient mourir de faim, chaque jour, selon l'ONG Save the Children et à part quelques enclaves, le nord-est reste totalement inaccessible. Les routes ne sont pas sûres: il faut une escorte militaire pour se déplacer.

Mardi, un convoi a été pris dans une embuscade à 40 kilomètres de Maiduguri, la capitale du Borno, faisant 3 morts. Neuf personnes ont également été kidnappées, selon des témoins.

- 'Zone assiégée' -

Mercredi, cinq personnes ont été tuées lors d'une incursion près de Chibok, district rendu tristement célèbre pour le kidnapping de masse de plus de 200 lycéennes en 2014. Les combattants ont pillé et brûlé les maisons et les champs prêts à être récoltés.

La vieille, un responsable de Chibok avait lancé l'alerte assurant que la zone était "assiégée" par Boko Haram.

"On a entendu dire qu'il y avait 700 soldats pour sécuriser la zone (d'environ 1.300 km2) qui est la frontière avec la forêt de Sambisa, l'enclave de Boko Haram. Nous avons besoin d'un autre bataillon", implore Ayuba Alamson, un habitant de Chibok contacté par téléphone.

Le nombre de victimes reste relativement faible et témoigne du manque de moyens du groupe. Mais ces attaques constantes "permettent de maintenir la pression sur les forces de sécurité et les obligent à se déployer", explique Omar S. Mahmood, chercheur pour l'Institute for Security Studies.

Le nombre de soldats déployés dans la région est insuffisant mais avec un autre conflit dans le sud-est contre les militants qui font exploser les infrastructures pétrolières, des violences qui s'intensifient dans le nord-ouest entre les communautés chiites et sunnites, le pays le plus peuplé d'Afrique avec 180 millions d'habitants peine à assurer sa sécurité.

Le rythme des dernières tueries dans le nord-est, chaque année plus nombreuses à la fin de la saison des pluies, est très inquiétant, notamment à la frontière avec le Niger, bastion de la faction d'Abou Mossab Al Barnaoui, chef désigné par le groupe de l'Etat Islamique en août dernier, à qui Boko Haram avait prêté allégeance en mars 2015.

"Le rythme et l'effectivité de l'approvisionnement en armes et en matériel logistique s'améliore grandement depuis plusieurs semaines", analyse Yan St-Pierre, directeur de Modern Security Consulting Group.

Pour le consultant anti-terroriste, cela s'explique notamment par la pression sur l'Etat Islamique dans le nord de la Libye, dans la région de Syrte, qui force "un regroupement des ressources du groupe (Etat islamique) dans le sud" jusqu'à la bande sahélienne, avec une multiplication des convois et des bases dans la région.

Bien qu'officiellement détaché de la faction de l'Etat islamique, celle d'Abubakar Shekau, basée dans la forêt de Sambisa, avec la frontière du Cameroun, tire aussi profit de trafics.

"L'armée nigériane, qui adopte une stratégie entièrement militaire depuis sept ans, doit changer son approche si elle veut remporter cette guerre", conclut le même expert.

spb/cl/jlb