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24/11/2016 20:45 EST | Actualisé 25/11/2017 00:12 EST

Colombie: cinq défis dans la course d'obstacles pour la paix

La Colombie a signé avec la guérilla des Farc un accord de paix renégocié, après l'échec du référendum sur un premier texte. Mais mettre fin à un demi-siècle de conflit armé est une course d'obstacles qui ne fait que commencer.

Voici les cinq principaux défis qui attendent la mise en oeuvre de la paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), la plus ancienne et principale rébellion du pays.

1. La ratification

Après le rejet d'un premier accord lors du référendum du 2 octobre, les parties ont convenu que le texte révisé, afin d'y inclure certaines des propositions de l'opposition, soit ratifié par le Parlement. Le débat est prévu à partir de mardi.

Selon des analystes, consultés par l'AFP, cette première étape "ne sera pas si difficile" à franchir. "L'approbation ne sera pas un problème parce que le président dispose de la majorité au Congrès", a expliqué le politologue Frédéric Massé.

2. Nécessité d'un "fast track"

Pour être appliqué, l'accord nécessite des lois et réformes constitutionnelles dont le débat peut durer plus d'un an si le Parlement ne dispose pas d'une procédure de "fast track" (voie rapide) afin d'accélérer la législation nécessaire. La Cour constitutionnelle doit se prononcer à ce sujet.

"Tout semble indiquer qu'elle va activer le +fast track+, ce qui rendra l'application des accords plus rapide", a estimé Kyle Johnson, de l'International Crisis Group.

Selon M. Massé, l'absence de "fast track" peut compliquer ou retarder l'incorporation de l'accord dans la législation. "Certains parlementaires pourraient penser plus à leur avenir ou à celui de leur parti", avertit le directeur du Centre de recherches de l'université El Externado de Colombie.

3. Pièges politiques

Certains aspects de l'accord révisé sont toujours contestés par les vainqueurs du référendum. Mais l'opposition, menée par l'ex-président et actuel sénateur Alvaro Uribe, a déjà annoncé son intention de contester les points qui, selon elle, concèdent l'"impunité" aux guérilleros des Farc.

Ce scénario d'un pays polarisé, ajouté au climat préélectoral de la présidentielle de 2018, peut entraver et rendre "instable" l'application de l'accord, selon M. Johnson.

"La compétition politique de l'année à venir pourrait gêner les actions de mise en oeuvre de ce qui a été convenu", a souligné Jorge Restrepo, directeur du Centre de ressources pour l'analyse des conflits (Cerac).

"Et si l'opposition remporte les élections, ce sera encore plus compliqué", a ajouté M. Massé.

4. Violence et menace de l'ELN

La Colombie est confrontée à divers conflits qui génèrent de la violence: répartition des terres, règlements de comptes entre criminels, rancunes politiques, selon M. Restrepo.

"Avec la disparition des Farc, peuvent surgir plus de violences du fait de ces conflits", avertit-il.

M. Restrepo comme M. Massé ont souligné la menace que représente l'Armée de libération nationale (ELN), seconde guérilla encore active, avec laquelle des pourparlers de paix sont en suspend car elle refuse de libérer au préalable ses otages.

"A moins qu'il y ait un cessez-le-feu bilatéral avec l'ELN dès le début, il y aura des combats avec l'ELN dans les zones de présence des Farc, ce qui peut semer la confusion", a ajouté M. Massé.

M. Restrepo a aussi rappelé que de nombreux autres groupes criminels opèrent en Colombie. "Nous avons besoin d'un désarmement intégral, qui ne figure pas dans l'accord, un désarmement de la société, avec une décontamination complète, soutenue, progressive des armes", a-t-il dit.

5. Le facteur Trump

Donald Trump, président élu des Etats-Unis, peut poser problème, notamment en remettant en cause les 450 millions de dollars d'aide promis par Washington pour financer le post-conflit.

"Nous ne savons pas ce que pense l'administration Trump de l'accord de paix, mais nous pouvons penser que sur certains thèmes, comme la fumigation des cultures illicites et l'extradition des narcotrafiquants, elle sera bien plus radicale que (le président sortant Barack) Obama", selon M. Massé.

M. Restrepo va dans le même sens: "Du fait du virage à droite, de la perte d'un grand allié pour la mise en application, ce sera un obstacle".

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