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25/11/2016 01:44 EST | Actualisé 26/11/2017 00:12 EST

Alain Juppé, la mue contrariée du phénix de la droite française

Longtemps favori devenu outsider dans la primaire de la droite, l'ex-Premier ministre Alain Juppé est un miraculé sur la scène politique française, qui a déjà vécu plusieurs coups durs avant de se réinventer en vieux sage rassembleur.

Hué par la rue en 1995, condamné en 2004 à un an d'inéligibilité pour une affaire de financement de parti politique, parti en exil volontaire en 2005, Alain Juppé avait réussi à 71 ans un retour spectaculaire au premier plan.

Endossant le costume du vieux sage, serein, expérimenté, pondéré, il avait presque réussi à gommer l'image de machine intellectuelle, raide et orgueilleuse qui lui colle à la peau depuis son passage à la tête du gouvernement (1995-1997).

"Vous me faites chier avec votre armure, ça fait longtemps qu'elle est fendue!", s'est-il exclamé lors d'un récent talk show. Car l'homme au crâne dégarni et à la longue silhouette est ombrageux, connu pour son impatience et son ton parfois "cassant" envers les journalistes.

Dans l'espoir de conquérir la présidence en 2017, il a affiché un visage souriant de rassembleur, refusant de "dresser les élites contre le peuple" et prônant un concept d'"identité heureuse", alors que ses adversaires endossaient des thèmes chers à l'extrême droite: immigration, islam, identité.

Pince sans-rire, il a assumé un style rétro, avec une affiche de campagne vintage et un vocabulaire désuet - il dit avoir "la super pêche", parle de "combiné téléphonique" et s'amuse de "billevesée"- quitte à susciter les moqueries en citant "Prisunic", une enseigne disparue en 2002.

Sa "campagne plan-plan, un peu provinciale", au fort goût de "tisane" selon ses détracteurs, l'a finalement fait décrocher dans l'opinion. Après avoir été donné comme favori pendant de longs mois, il a été largement distancé au premier tour de la campagne dimanche dernier par un autre ancien Premier ministre, l'austère François Fillon.

Dans l'entre-deux-tours, Alain Juppé a haussé le ton, accusant son rival d'être "hyperlibéral", d'avoir un programme "peu crédible", voire "brutal", mais aussi d'être "traditionnaliste" sur les questions de société.

Pour l'instant, cette pugnacité ne s'est pas concrétisée par une remontée dans les sondages, qui le donnent battu sans appel dimanche prochain.

Une nouvelle déconvenue pour un homme qui a toujours visé haut: "Enfant de choeur, je voulais être pape".

- 'Le meilleur d'entre nous' -

Né le 15 août 1945 dans un milieu rural, cet élève brillant fréquente les écoles prestigieuses de l'élite et entame une carrière de haut fonctionnaire quand il est repéré au milieu des années 70 par Jacques Chirac, alors Premier ministre.

Plume, conseiller, il grandit dans l'ombre de son mentor, qui dira de lui "c'est probablement le meilleur d'entre nous". Dans les années 80, il est élu conseiller de Paris, eurodéputé, député et devient pour la première fois ministre.

Jacques Chirac élu président en 1995 choisit tout naturellement Alain Juppé comme Premier ministre. Tout semble lui sourire. Tout juste remarié à une ex-journaliste, son troisième enfant naît quelques mois plus tard.

Mais il bat vite des records d'impopularité. A l'hiver 1995, des foules défilent pendant trois semaines contre ses réformes sociales. Lui se tient "droit dans ses bottes" mais la droite est balayée dans les urnes deux ans plus tard.

En 2004, son destin semble scellé quand il écope d'une peine d'un an d'inéligibilité pour une affaire d'emplois fictifs à la Mairie de Paris. Il s'exile au Canada, où il enseigne à l'université.

Certains le croient enterré. Mais en 2006, il se fait réélire à la mairie de Bordeaux (sud-ouest) et reconstruit sa reconquête du pouvoir depuis son fief. L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence en 2007 le remet en selle, au ministère de la Défense puis des Affaires étrangères.

Il lui faudra attendre l'échec de ce dernier à la présidentielle de 2012, pour envisager à nouveau un destin présidentiel. La droite, sans leader, se déchire, il est appelé à jouer les médiateurs.

En 2014, une "juppémania" s'empare des médias. Il pose même en Une de magazines branchés. Et remporte le prix de l'humour politique, pour une phrase "même pas drôle" selon lui: "En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi !"

chp/ia