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25/11/2016 00:56 EST | Actualisé 26/11/2017 00:12 EST

A Deir Ezzor, des Syriens asphyxiés par le siège des jihadistes

"Ca fait deux ans que je n'ai pas mangé de viande ou de fruits en raison du siège", confie Moustafa, un Syrien de 12 ans dont le quartier à Deir Ezzor est encerclé par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

"Toute cette nourriture me manque", confie le jeune garçon à un journaliste de l'AFP qui s'est rendu dans la partie de Deir Ezzor aux mains des forces du régime de Bachar al-Assad.

Deir Ezzor est le seul endroit en Syrie où l'EI impose un siège à un territoire aux mains de l'armée.

Sans aucune issue pour quitter leurs quartiers, auxquels on accède uniquement à bord d'hélicoptères militaires, les civils sont coincés et disposent de très peu de vivres et de carburant.

L'EI, qui contrôle la grande partie de la province de Deir Ezzor (est), s'est emparé en 2014 de larges secteurs de la ville éponyme. Depuis janvier 2015, il assiège le secteur gouvernemental, situé dans l'ouest, et où habitent encore 100.000 personnes selon l'ONU.

Près d'un million de personnes en Syrie vivent dans des secteurs assiégés, la plupart encerclées par les forces du régime.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Russie, allié clé du régime, ont certes largué de la nourriture par hélicoptère dans la partie assiégée, la seule du pays à recevoir ce type d'aide.

Mais sur le marché de la rue Al-Wadi, les habitants affamés et exténués n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent.

Hormis de la roquette et des épinards, peu de légumes sont présents sur les étals, avec des cigarettes, du poulet et des conserves.

- Pénurie d'eau -

Et, encore, les prix sont souvent prohibitifs, avec un kilo de viande infectée de mouches vendu 15.000 livres syriennes (environ 28 euros).

Le gouvernement fournit gratuitement du pain aux habitants dans le besoin via le Croissant rouge qui compte distribuer 17.000 sacs de pain d'ici la fin du mois.

Devant une boulangerie d'Etat, des dizaines de personnes attendent leurs rations.

"Ca fait des heures qu'on est là à attendre pour un sac de pain", déplore Oum Khaled, une fonctionnaire à la retraite, la soixantaine.

En raison du siège, Mohammad al-Obeid a dû renoncer à son métier de chauffeur de taxi pour se reconvertir dans la vente de meubles en bois qui font office de combustible pour le chauffage ou la cuisine.

"Les gens me vendent des meubles ou d'autres objets en bois, et avec l'argent obtenu ils achètent de la nourriture", indique M. Obeid, dans le quartier de Joura.

Les habitants ont dû aussi creuser des puits, parce que le manque de carburant rend impossible la mise en marche des pompes à eau.

"Ca fait deux ans qu'on souffre de pénurie d'eau", confie Ahmad Sarour, un fonctionnaire.

"On creuse ces puits pour nos besoins quotidiens", explique-t-il.

- Parc transformé en cimetière -

Sans carburant, les habitants ne peuvent plus se rendre au cimetière de la ville, situé en banlieue, pour enterrer leurs morts.

Ils ont dû ainsi transformer le seul parc du quartier Joura en un cimetière de fortune, où les enfants continuent de jouer au milieu des pierres tombales.

"Le parc était autrefois plein d'arbres et d'herbe verte, où les gens aimaient se relaxer", raconte Khalaf al-Saleh, un habitant du quartier.

"Mais en raison du blocus et de la distance entre la ville et le cimetière, on a dû s'en servir comme cimetière pour le quartiers assiégés", poursuit-il.

Les jihadistes ont aussi coupé le réseau électrique et l'accès à internet, rendant très difficile pour les habitants de s'éclairer ou s'informer.

Des propriétaires de cafés pouvant s'offrir des générateurs ont installé des télévisions pour les clients prêts à payer un prix élevé pour une boisson chaude ou fumer le narguilé, tout en regardant les informations.

Oum Bassel, une femme au foyer d'une cinquantaine d'années, dit en avoir assez du siège.

"On n'a plus rien si ce n'est les vêtements qu'on porte, et encore ils ne nous réchauffent pas vu le nombre de fois qu'ils ont été lavés", déplore-t-elle.

"Nous voulons briser le siège, et avoir de nouveau le sentiment que nous sommes des êtres humains qui méritent de vivre".

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