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19/11/2016 18:00 EST | Actualisé 20/11/2017 00:12 EST

Les Haïtiens votent dans l'espoir d'un retour à l'ordre constitutionnel

Les près de 6.2 millions d'électeurs haïtiens sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur futur président ainsi que des députés et sénateurs, ce qui devrait permettre au pays de retourner à l'ordre constitutionnel après plus d'un an de crise politique.

Vingt-sept candidats sont en lice pour devenir le futur président de la République. Vingt-cinq postes de députés sur 109 sont aussi en jeu et seize sièges de sénateurs sur 30 sont aussi à pourvoir, pour éviter au Parlement de devenir caduque en janvier 2017.

Ces scrutins avaient été organisés en octobre 2015 mais, suite aux intenses contestations de l'opposition d'alors, et devant les preuves de fraudes massives, les autorités ont décidé d'annuler ce vote et reprendre à zéro le processus pour élire le chef de l'Etat.

Cette annulation a empêché Michel Martelly, élu président en 2011, de transmettre le pouvoir à un successeur élu au suffrage universel le 7 février 2016 comme le veut la Constitution haïtienne.

Pour assurer l'intérim, le parlement a exceptionnellement élu en février Jocelerme Privert, alors président du Sénat, au poste de président provisoire pour un mandat de trois mois mais, dans un pays politiquement divisé et aux institutions faibles, réorganiser les élections dans ce court délai s'est révélé mission impossible.

Finalement planifié pour le 9 octobre, le premier tour de la présidentielle a été à nouveau reporté en raison du passage dévastateur de l'ouragan Matthew sur la moitié sud du pays le 4 octobre.

Le conseil électoral provisoire (CEP), l'administration chargée de l'organisation des scrutins, a conscience de l'obligation de réussite du vote de dimanche pour permettre à Haïti d'en finir avec ce processus électoral.

"Nous sommes en mobilisation totale pour que nous ayons un 20 novembre réussi" a déclaré Uder Antoine, directeur exécutif du CEP, lors du dernier point de presse de l'administration jeudi.

- Résultats le 29 décembre -

Mais, fatigués par les aléas de cette crise électorale, les électeurs montrent peu d'enthousiasme à participer et, dans les régions touchées par l'ouragan, les habitants sinistrés sont davantage préoccupés par l'urgence de trouver eau potable et nourriture qu'à choisir leurs futurs dirigeants.

"On demande encore une fois à tous les citoyens et citoyennes de se munir de leur carte d'identité, de ne pas hésiter une seconde à sortir dans les rues et d'aller exercer leur droit de vote", a insisté Uder Antoine.

Les autorités font leur possible pour rassurer la population qui craint toujours pour sa sécurité le jour d'une élection: en août 2015, le premier tour des législatives avait été émaillé de violences obligeant l'annulation du vote dans près d'un quart des circonscriptions.

"Si on rate ces élections, on est foutu", reconnaît Jean Saint-Fleur, l'inspecteur général de la police nationale d'Haïti (PNH). "La police est déterminée à combattre tout bandit ou individu qui voudrait semer le trouble le jour des élections".

Pour renforcer le sentiment de sécurité, tous les ports d'armes ont été suspendus pour ce dimanche et aucun véhicule ne peut s'approcher à moins de 100 mètres d'un centre de vote.

Plus de 9.400 policiers nationaux sont mobilisés à travers le pays, secondés par 1.400 policiers de la mission de l'ONU en Haïti, qui va aussi mobiliser 80% de sa composante militaire.

Au-delà du jour du vote, l'attention se focalise sur la date de publication des premiers résultats. A cause de l'enclavement de certaines régions et des contraintes logistiques, les résultats préliminaires ne seront pas publiés avant le 1er décembre.

"Des procès verbaux de bureaux de vote vont nous arriver avec des anomalies et il va falloir analyser ces anomalies pour voir s'il s'agit d'erreurs techniques ou de tentatives de fraudes: il serait malsain et malvenu d'incorporer dans le décompte des procès verbaux frauduleux", a déclaré à l'AFP Grégory Hilaire, le directeur adjoint du centre de tabulation de vote, où sont centralisés et traités tous les documents électoraux.

Après la période légale de contestation offerte aux candidats, les résultats du 1er tour doivent être rendus publics le 29 décembre.

Au moins quatre candidats au poste présidentiel prétendent pouvoir l'emporter dès le premier tour mais, si aucun n'obtient plus de 50% des suffrages, un second tour de vote est prévu le 29 janvier 2017.

Haïti ne connaîtra finalement, selon le calendrier établi par le CEP, les résultats définitifs de la présidentielle que le 20 février, soit plus de deux semaines après la date constitutionnelle du début du mandat du chef de l'Etat.

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