NOUVELLES
19/11/2016 18:00 EST | Actualisé 20/11/2017 00:12 EST

Chypriotes grecs et turcs jouent le tout pour le tout en Suisse

Des pourparlers cruciaux pour la réunification de Chypre reprennent dimanche en Suisse, la communauté internationale espérant une avancée décisive pour mettre fin à 42 ans de division de l'île.

Le président chypriote Nicos Anastasiades et le leader chypriote turc Mustafa Akinci, qui négocient depuis mai 2015, avaient abordé du 7 au 11 novembre près du lac Léman l'un des points les plus sensibles des pourparlers: les arrangements territoriaux.

Mais en dépit de "progrès importants" soulignés par l'ONU, les pourparlers n'avaient pas enregistré de percée suffisante pour boucler le dossier.

"Ca peut marcher ou pas marcher dans la mesure où il demeure des différends substantiels. Mais ils sont clairement dans la phase finale des négociations et ne peuvent pas les faire durer plus longtemps", estime Hubert Faustmann, professeur de sciences politiques à l'université de Nicosie, alors que les leaders chypriotes se sont donné jusqu'à la fin de l'année pour parvenir à un accord.

"Ils devraient pouvoir finaliser l'aspect territorial là-bas (en Suisse) ou alors avoir, au maximum, un autre round de consultations", a-t-il dit à l'AFP.

La question de la division de Chypre est l'un des plus vieux conflits au monde, et plusieurs tentatives de réunification ont échoué, comme la dernière en 2004.

Chypre est divisée depuis que l'armée turque a envahi en 1974 la partie nord de l'île en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher le pays à la Grèce et qui inquiétait la minorité turcophone de l'île. Cette invasion a été suivie par d'importants déplacements de populations, des dizaines de milliers de personnes ayant dû abandonner leurs biens du jour au lendemain.

Depuis, la République de Chypre, membre de l'UE depuis 2004, n'exerce son autorité que sur la partie sud, où vivent les Chypriotes grecs. Les Chypriotes turcs habitent dans le nord, où une République turque de Chypre du Nord (RTCN) a été autoproclamée et n'est reconnue que par Ankara.

Lors des discussions de dimanche et lundi à Mont Pèlerin, les deux dirigeants espèrent accoucher d'une carte avec des frontières internes délimitant les deux entités --chypriote turque et chypriote grecque-- qui formeront une fédération.

- Ville disputée -

Une délimitation des entités permettra d'examiner des processus de restitution, compensation ou échange pour les propriétaires spoliés de leurs biens.

M. Anastasiades souhaite que les arrangements territoriaux donnent lieu au retour d'au moins 100.000 Chypriotes grecs dans les propriétés qu'ils avaient dû quitter.

De leur côté, les Chypriotes turcs veulent voir le moins possible de personnes quitter leur foyer.

Les deux dirigeants seraient proches de s'entendre sur un pourcentage de territoire sous le contrôle de l'entité chypriote turque, avec M. Akinci suggérant environ 29% et M. Anastasiades proposant 28%.

Bien que largement minoritaires, les Chypriotes turcs contrôlent actuellement 36% de l'île.

Le sort d'un certain nombre de villes ou villages divise cependant les deux camps, comme Morphou, dans le nord.

M. Anastasiades veut voir cette localité qui était peuplée avant 1974 de Chypriotes grecs revenir à ses habitants, mais M. Akinci refuse que ses 18.000 habitants actuels, des Chypriotes turcs, soient obligés d'abandonner leurs foyers.

Il a toujours été admis qu'en cas de solution, une partie des terres ou des maisons dans le nord sera restituée aux propriétaires chypriotes grecs.

Mais plus de 40 ans ont passé depuis la division et les Chypriotes turcs ont fait leur vie dans des propriétés appartenant à l'origine à des Chypriotes grecs, rendant inconcevable un éventuel départ.

Des Chypriotes turcs spoliés de leurs biens dans la partie sud de l'île contrôlée par les Chypriotes grecs espèrent également récupérer leurs terres ou être compensés.

En cas de règlement du dossier territorial, le processus doit se poursuivre avec des discussions avec les trois "garants" de la sécurité de Chypre: la Turquie, la Grèce et la Grande-Bretagne, qui dispose de bases militaires dans l'île.

Les Chypriotes turcs jugent crucial que la Turquie conserve son droit à intervenir militairement dans l'île. Une demande jugée inacceptable par l'autre camp.

"Les garanties de sécurité et la question d'une base turque sur l'île seront les derniers sujets à être présentés à la conférence (avec les garants). Et les décisions prises alors augureront d'un +oui+ ou d'un +non+ des Chypriotes grecs à un référendum", indique M. Faustmann.

En cas d'accord entre les deux dirigeants, le projet sera soumis au vote par référendum dans chacune des deux parties de l'île, où ces pourparlers de paix ne font pas l'unanimité.

cc/vl/iw/plh