POLITIQUE
17/11/2016 10:11 EST | Actualisé 17/11/2016 10:12 EST

Pourquoi l'ancien bras droit de Michael Applebaum n'a-t-il jamais été accusé?

CP

Même si l'ancien chef de cabinet de Michael Applebaum, Hugo Tremblay, a reconnu avoir accepté des pots-de-vin et qu'il a refusé de devenir témoin collaborateur, il n'a jamais été poursuivi par la justice.

Un texte de Geneviève Garon

Pourquoi? C'est la question qui demeure, alors que le contre-interrogatoire tire à sa fin après quatre jours de procès. Hugo Tremblay reconnaît n'avoir jamais eu l'impression que la police cherchait des preuves contre lui.

L'ancien bras droit de Michael Applebaum affirme également que la Ville de Montréal ne lui a jamais demandé de rembourser les pots-de-vin qu'il avait perçus.

Pourtant, Hugo Tremblay a refusé de devenir « témoin collaborateur » du ministère public en 2015. S'il avait accepté, il aurait dû passer le test du polygraphe et plaider coupable à un ou à plusieurs chefs d'accusation.

« Ça me semblait compliqué, on était à deux semaines de l'enquête préliminaire et je voulais me concentrer là-dessus », explique-t-il, en cour.

L'avocat de la défense, Pierre Teasdale, insiste sur le fait que Hugo Tremblay est le seul témoin des échanges d'argent avec Michael Applebaum.

M. Tremblay soutient avoir servi d'intermédiaire envoyé par l'ex-maire d'arrondissement pour demander des pots-de-vin à un promoteur et à un soumissionnaire, en 2007 et en 2010. Ils se seraient partagé plus de 50 000 $.

Après quatre jours à la barre des témoins, il semble très en contrôle de lui-même, répond de façon posée, même s'il souligne avoir l'impression de se répéter.

Train de vie coûteux

Voyages, restaurants, alcool, un peu de drogue... Hugo Tremblay reconnaît qu'il dépensait beaucoup pendant la période où il travaillait à l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

Mais selon lui, ce n'est pas son besoin d'argent qui l'a mené vers la corruption, mais plutôt l'argent comptant des pots-de-vin qui l'a fait dépenser.

Le doigt dans l'engrenage

Pourquoi ne pas avoir refusé d'embarquer dans la corruption lorsque Michael Applebaum en a parlé pour la première fois? C'est une autre question posée à Hugo Tremblay sur laquelle Me Teasdale a insisté.

Le témoin explique qu'à l'époque il était âgé de 28 ans, était nouveau dans le domaine de la politique et ne voulait pas se mettre son patron à dos. « Je craignais qu'un non ne me coûte ma carrière », affirme-t-il.

Avant même d'accepter, il avait déjà l'impression d'avoir « le doigt dans l'engrenage ».

Des contradictions

L'avocat de la défense soulève également des contradictions entre les déclarations passées du témoin vedette de la Couronne et ce qu'il affirme maintenant en cour.

En juin 2013, dans une déclaration aux policiers, on lui demandait qui avait déterminé le montant d'argent à demander à un promoteur. Il avait alors répondu : « il faut que ça soit Michael », laissant entendre qu'il n'en avait pas un souvenir précis.

À présent, Hugo Tremblay est catégorique lorsqu'il affirme que M. Applebaum est celui qui proposait une valeur pour les pots-de-vin. Il soutient que son « souvenir n'était pas précis à ce moment-là », mais que des détails lui sont revenus par la suite.

Le contre-interrogatoire d'Hugo Tremblay tire à sa fin. Le prochain témoin appelé par la Couronne devrait être Patrice Laporte, ex-patron d'une filiale de Dessau, SOGEP, qui aurait versé un pot-de-vin à Hugo Tremblay, pour le compte de Michael Applebaum.

L'ancien maire intérimaire de Montréal fait face à 14 chefs d'accusation : fraude envers le gouvernement, corruption dans les affaires municipales, abus de confiance et complot.

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