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17/11/2016 05:52 EST | Actualisé 17/11/2016 05:59 EST

La lutte contre l'intimidation, un combat qui reste à gagner (VIDÉO)

Le visionnement du film 1:54, qui a pris l'affiche le mois dernier et qui porte sur l'intimidation, a bouleversé un adolescent et sa mère. Les deux acceptent de témoigner de leur expérience.

Pour son film sur l'intimidation, le réalisateur Yan England a choisi de tourner dans une école secondaire de Longueuil. Pendant que l'École Jacques-Rousseau servait de plateau de tournage et que les élèves étaient des figurants, l'un d'eux avait un secret.

Louis-Philippe Savard garde pour lui les insultes qu'il recevait d'un autre élève apparemment jaloux. Le visionnement du film a bouleversé l'adolescent et sa mère.

«Ce qui est venu me chercher, c'est quand en entrevue [à Tout le monde en parle] Yan England a raconté qu'au moment où il cherchait des fonds pour produire son film, il s'était fait répondre que l'intimidation, c'est du passé, que ce n'est plus d'actualité. Eh bien non, ce l'est toujours.» - Marie-Josée Dumas

Louis-Philippe raconte qu'il a reçu des menaces et des insultes pendant six mois. « Des regards froids, des fois des accrochages dans les casiers, des trucs qui ne sont pas le fun à vivre [...] C'était pas gros, mais assez pour me faire peur, précise-t-il, et pour me dire que peut-être ils vont arriver dans mon dos un jour. »

À la fin mai, il se sent encerclé devant son casier. Louis-Philippe Savard se dit qu'il doit être le premier à frapper.

«J'ai foncé dans le tas, mais j'ai raté mon premier coup et j'ai reçu un coup sur la tempe. Je suis tombé par terre et ils m'ont battu.» - Louis-Philippe Savard

Appelée à se présenter à l'école, sa mère apprend que son fils de 14 ans est suspendu pour trois jours. C'est à ce moment qu'il lui dévoile qu'il est victime d'intimidation depuis des mois.

«J'ai vu une vidéo qui dure sept secondes où on voit les deux derniers jeunes se relever et Louis-Philippe qui est par terre. On voit qu'il y a plein de gens autour, mais personne n'intervient.» - Marie-Josée Dumas

Elle emmène ensuite son fils à l'hôpital.

«Notre cas à l'hôpital a été pris très au sérieux. Le médecin, un docteur Boudreau, s'est montré empathique. C'est le premier qui a pris le temps de parler à Louis-Philippe. [...] Il lui a dit : "Tu es une victime."» - Marie-Josée Dumas

Un commentaire sur la façon dont Louis-Philippe s'est battu, publié sur Facebook après la bagarre, le convainc de porter plainte à la police. Quatre jeunes font face à des accusations de harcèlement et de voies de fait ayant causé des blessures. Ils ont plaidé non coupables.

Le procès doit commencer en décembre pour trois des adolescents; l'autre est dans un processus de sanctions extrajudiciaires.

Des parents mécontents de la réponse de l'école

Les parents de Louis-Philipe ne sont pas satisfaits de la façon dont l'École Jacques-Rousseau et la Commission scolaire Marie-Victorin traitent le cas depuis le début. Ils posent des questions et demandent des mesures pour que Louis-Philippe soit en sécurité.

Finalement, il retournera à l'école seulement pour y passer les examens de fin d'année. Les parents envoient une plainte formelle par courriel le 9 juin. Depuis 2012, la loi oblige les écoles à contrer la violence et l'intimidation. Les établissements et les commissions scolaires doivent rapporter les incidents, les encadrer et avoir une marche à suivre.

« Rien n'a été fait en fonction de leur beau protocole. Ça a été banalisé, de mon point de vue, personne ne prend la responsabilité de rien », explique la mère, qui ajoute que personne n'a encore admis à l'école que son fils avait subi de l'intimidation.

Pas de commentaires de l'école

La Commission scolaire Marie-Victorin n'a pas voulu accorder d'entrevue ni commenter ce cas, invoquant la confidentialité qui entoure le traitement des plaintes. Cependant, la porte-parole assure que l'affaire est prise au sérieux et que le plan de lutte contre l'intimidation et la violence de chaque école prévoit une série de mesures.

La semaine dernière, Marie-Josée Dumas a eu une première rencontre avec la directrice adjointe de la commission scolaire, Sylvie Caron.

« C'est la première fois qu'on me demande comment va mon fils, j'ai été très surprise parce que personne ne m'a posé la question depuis que l'événement s'est produit », constate la mère de famille, qui espère obtenir des réponses dans une prochaine rencontre.

Louis-Philippe Savard parle de cauchemars, mais les choses se passent plutôt bien pour lui dans sa nouvelle école.

Le saviez-vous?

Au Canada, un adolescent sur trois dit avoir déjà été victime d'intimidation à l'école. Une étude menée en Grande-Bretagne révèle que la moitié des suicides chez les jeunes seraient liés à l'intimidation.

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