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17/11/2016 02:52 EST

Le calage d'alcool chez les adolescents affecterait le cerveau de leurs futurs enfants

JGI/Jamie Grill via Getty Images
Friends toasting each other at party

«Non seulement le calage d’alcool est dangereux pour le développement du cerveau des adolescents, mais il peut impacter celui de leurs futurs enfants», affirme Toni R. Pak, professeur à l'Université de médecine de Loyola, à Chicago, et auteur d'une étude sur le «binge drinking» présentée le 14 novembre au Neuroscience 2016, la réunion annuelle de la Society for Neuroscience.

Le calage d’alcool, ou «beuverie express», consiste à atteindre l'ivresse dans un temps record, en consommant à la hâte une quantité excessive d'alcool. Cette pratique, quand elle est répétée pendant l'adolescence, peut, selon les auteurs de l'étude, causer d'importants risques sur les fonctions du cerveau des futures générations, en augmentant les risques de dépression, d'anxiété et d'obésité.

Une étude expérimentée sur des rats

Les chercheurs ont exposé un groupe de rats, mâles et femelles, à six sessions de calage d’alcool. À la suite de quoi, ils ont fait se reproduire les animaux (une fois sobres). Un second groupe de rats n'a reçu aucune dose d'alcool. Parmi la progéniture du groupe alcoolisé, les chercheurs ont découvert que des gènes qui sont habituellement activés ne l'étaient pas. Et inversement, des gènes qui d'habitude sont inactifs se sont révélés actifs.

Les gènes étudiés sont ceux de l'hypothalamus, une région du cerveau impliquée dans de nombreuses fonctions, tels que la reproduction, la réponse au stress, les cycles du sommeil et l'apport alimentaire.

Troubles dans l'ADN et dans le cerveau

Plus précisément, ils ont rapporté 159 mutations dans l'ADN des petits dont les mères avaient subi des sessions de calage d’alcool, 93 dans l'ADN de ceux dont seuls les pères ont été exposés à l'expérience, et 244 dans celui dont les deux parents y ont participé.

Cette étude est la première, selon ses auteurs, à établir que le calage d’alcool pratiqué par l'un ou l'autre des parents lors de leur adolescence, induit des troubles neurologiques sur les générations à venir.

Toni R. Pak précise que bien que les résultats obtenus sur des rats ne sont pas nécessairement applicables aux humains, les similitudes entre nos deux espèces sont fortes concernant le métabolisme de l'alcool et les fonctions de l'hypothalamus. Des points communs suffisants pour admettre des équivalences chez l'homme.

L'essor du «binge drinking»

La pratique du «binge drinking» est considérée comme un problème majeur de santé publique dans plusieurs pays anglo-saxons, notamment au Royaume-Unis, en Irlande et aux États-Unis. La «beuverie express» s'est notamment fortement développée chez les moins de 25 ans, bien que contrairement aux idées reçues, la pratique concerne toutes les tranches d'âge.

«C'est pour ces raisons qu'il convient de maintenir une politique de lutte contre les consommations excessives d'alcool», a déclaré François Boudillon, directeur général de l'INPES, lequel rappelle les méfaits sanitaires d'une consommation immodérée d'alcool, tels que la dépendance ou les troubles de maturation cérébrale.

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