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12/11/2016 10:43 EST | Actualisé 12/11/2016 10:44 EST

Les mines du Québec s'activent pour recruter plus de femmes

Tyler Stableford via Getty Images
Colorado, USA

Depuis quelques années, l'industrie minière québécoise craint une pénurie de main-d'œuvre, notamment en raison de nombreux départs à la retraite anticipés. Les femmes, largement minoritaires dans ce secteur, sont peut-être la clé : des minières du Québec s'activent pour en recruter davantage.

Un texte d'Alexandre Duval

« Le défi, c'était de mettre les minières en action sur un sujet sur lequel ils n'ont pas d'obligations », explique Roxanne Milot, du Centre d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT), faisant allusion à l'embauche de personnel féminin. Aujourd'hui, Mme Milot dit : « Mission accomplie. »

Après deux ans de travail, elle dévoile le plan d'action Femmes de métiers dans le secteur minier, dont l'objectif est d'intégrer davantage de femmes dans cette industrie. Cinq minières établies au Québec ont décidé d'y participer volontairement.

Désormais, ces entreprises prendront une série de mesures pour mieux recruter et intégrer la main-d'œuvre féminine.

La mine Casa Berardi, par exemple, s'est engagée à rencontrer toutes les candidates qualifiées qui déposent leur curriculum vitae pour un poste traditionnellement masculin.

La mine Canadian Malartic s'est aussi engagée dans cette voie, en plus de revoir son processus d'accueil pour que les nouvelles employées s'intègrent plus facilement dans l'entreprise. Une formation sur l'accueil des nouvelles employées sera notamment offerte aux superviseurs de la mine.

L'efficacité de ces mesures pourra, à long terme, être analysée, entre autres, grâce à l'Association minière du Québec, qui s'est engagée à colliger des données sur la présence des femmes dans cette industrie.

«Une des choses importantes pour suivre l'évolution des femmes dans l'industrie minière, c'est d'avoir des chiffres, d'avoir des statistiques sur les femmes dans cette industrie-là.»

- Roxanne Milot, chargée de projet au CIAFT

Un guide des bonnes pratiques pour intégrer les travailleuses dans l'industrie minière sera également lancé à l'occasion du congrès Québec Mines 2016, qui aura lieu au Centre des congrès de Québec, du 21 au 24 novembre.

Seulement 4 % de femmes dans les métiers d'avenir

Actuellement au Canada, les femmes ne représentent que 17 % de la main-d'œuvre dans l'ensemble de l'industrie minière. Dans les métiers de production, cette proportion chute à 4 %.

Or, ce sont justement les métiers de production qui seront les plus en demande dans l'industrie minière au cours de la prochaine décennie, selon le Comité sectoriel de main-d'œuvre de l'industrie des mines.

Recruter davantage de femmes dans les métiers de production permettrait non seulement de combler un besoin de main-d'œuvre, mais aussi de réduire l'écart salarial entre les hommes et les femmes dans les régions minières du Québec.

Roxanne Milot rappelle que ces emplois sont généralement parmi les mieux payés de l'industrie et qu'on y accède, pour la plupart, avec un diplôme d'études professionnelles (DEP).

Là où le bât blesse, c'est que ces formations professionnelles qui mènent au secteur minier sont encore peu prisées par les Québécoises.

Ainsi, entre 2010 et 2015, les femmes ne représentaient que 1 % des étudiants dans les formations d'extraction de minerai au Centre de formation professionnelle (CFP) de Val-d'Or et 4 % des étudiants au CFP de la Baie-James.

Adapter les formations professionnelles

Cette situation s'explique peut-être par le fait que l'industrie minière évoque encore l'idée de métiers très physiques, qui exigent une grande force brute.

Le PDG de l'Institut national des mines (INM), Robert Marquis, explique pourtant que les mines sont de plus en plus mécanisées et informatisées.

«Un mineur, aujourd'hui, c'est un opérateur de machinerie qui est parfois au volant de sa machine, sur son engin, mais qui, de plus en plus, opère des engins à distance.»

- Robert Marquis, PDG de l'Institut national des mines

Selon M. Marquis, cette automatisation promet d'être attrayante à long terme pour la main-d'œuvre féminine. Entre temps, il faudra cependant adapter les formations professionnelles pour qu'elles reflètent mieux les nouvelles réalités de l'industrie.

Selon lui, il faut avoir davantage recours à la technologie pour former les étudiants, comme cela se fait en aéronautique ou en santé.

« [Pour] la formation par simulateur, on ne parle pas du tout de force physique. On est ailleurs. On est devant un ordinateur et on apprend à faire fonctionner un équipement », illustre-t-il.

Actuellement, deux formations sont en refonte au ministère de l'Éducation : Forage et dynamitage et Extraction de minerai. L'INM réclamait ces changements depuis quelques années déjà.

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