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11/11/2016 20:45 EST | Actualisé 12/11/2017 00:12 EST

Le plus grand scandale de corruption du Brésil bientôt au cinéma

Le vaste scandale de corruption Petrobras qui secoue le Brésil deviendra en 2017 un film et une série Netflix, grâce à deux réalisateurs qui ont décidé de faire un "thriller" à partir d'une réalité dépassant toute fiction.

Depuis deux ans, les Brésiliens suivent avec fascination et dégoût l'enquête "Lava jato" (Lavage rapide) qui vise l'ex-président Lula, nombres d'hommes politiques et de riches chefs d'entreprises, accusés d'avoir détourné des millions de dollars à travers des contrats truqués de la compagnie publique pétrolière Petrobras.

Pouvoir, argent, trahison, enquêteurs intrépides : quoi de mieux pour un scénariste ?

"Notre objectif est de faire un film commercial", déclare le réalisateur Marcelo Antunez, qui espère lancer en mai son film intitulé provisoirement "Police fédérale - la loi est la même pour tous".

L'affaire est dans la tête de tous les Brésiliens, habitués à voir chaque nouvel épisode à la une de l'actualité.

Mais "c'est une histoire très complexe, non seulement parce qu'elle change chaque jour mais parce que tout a commencé par une petite enquête", explique le cinéaste à l'AFP dans ses bureaux de production à Rio.

Il a donc voulu commencer par le début : quand la police a découvert un réseau de change d'argent au noir dans une station-service de Brasilia, qui s'est révélé être la pointe de l'iceberg d'un gigantesque réseau de corruption.

Les tournages ont démarré en novembre à Curitiba (sud), où se concentre l'enquête.

Une série, encore sans titre et produite par Netflix, sera elle lancée sous la direction du célèbre réalisateur brésilien José Padilha, déjà à l'oeuvre sur cette plateforme dans la série à succès "Narcos" sur la vie du légendaire baron de la drogue colombien Pablo Escobar.

Il a aussi réalisé le film "Troupe d'élite" (2007) et un remake de "Robocop" (2014).

L'opération "Lavage rapide" est une bonne histoire à raconter mais elle est aussi un terrain miné politiquement.

Certains Brésiliens accusent en effet les enquêteurs, dirigés par l'implacable juge Sergio Moro, de s'acharner surtout contre des personnalités de gauche.

- Scénario 'très factuel' -

L'ancien président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) a fait l'objet de plusieurs accusations de corruption qui auraient selon ses partisans un but politique : l'éliminer de la campagne présidentielle de 2018.

Une polémique a agité la presse le mois dernier quand on a appris que Wagner Moura, l'un des acteurs les plus connus du Brésil et sympathisant de gauche, aurait refusé d'interpréter le juge Sergio Moro.

Mais, aussi bien Padilha que Moura, qui incarne Escobar dans la série "Narcos", nient avoir parlé de ce rôle.

Le blog de gauche O Cafezinho suggère que le film de Antunez sera un outil de propagande du travail de la police.

Il s'interroge sur son important budget de 13,5 millions de réais (4,18 M USD), comparé aux budgets habituels de 1,5 million de dollars, et souligne l'accès sans précédent de la production du film à l'opération à Curitiba.

"Quelqu'un qui veut faire un film critique sur +Lava jato+ peut-il faire aussi un accord de coopération avec la police?", demande O Cafezinho.

Antunez reconnaît qu'il aura accès aux bureaux de la police à Curitiba, mais assure qu'il ne pourra filmer qu'à l'extérieur des bâtiments. Il comptera aussi sur l'aide de policiers dans les scènes avec des agents armés et des hélicoptères.

Les innombrables interviews avec des agents et des procureurs montrent que le scénario sera "très factuel", affirme Antunez, assurant ne pas avoir pour but de transformer les policiers en héros.

Le plus grand défi, selon lui, est de savoir où finir l'histoire. Il choisira probablement le moment de grande tension quand Lula a été arrêté quelques heures pour être interrogé.

Mais dans la vraie vie, le scandale ne touche pas encore à sa fin.

"L'intention des producteurs est de faire une suite", explique Antunez, qui espère que son film maintiendra la pression publique face à la volonté des députés, dont beaucoup sont cités dans "Lava Jato", de clore l'enquête.

"Je ne suis pas inquiet comme réalisateur mais comme citoyen. L'enquête doit continuer", argue-t-il.

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